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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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HARRAGAS

(France/Algérie - 2009 - 1h43)

Réalisation : et scénario : Merzak Allouache - Dir. Photo : Philippe Guibert - Montage : Sylvie Gamer - Son : Philippe Bouchez - Musique : David Hadjadj - Production : Véronique Rofé - Distribution : Libris Films
Interprétation : Nabi Asli - Seddik Benyagoub - Mohamed Takkere - Lamia Boussekine - Okacha Touita
Auteur :

Merzak Allouache a fait des études cinématographiques à l’Institut du Cinéma d’Alger, puis à l’IDHEC. Son premier long-métrage Omar Gatlato (1977) a été salué par la critique à Cannes. Bab El Oued (1994) et la comédie Salut cousin ! (1996), confirment ses talents de réalisateurs. En 2004, réalisation de Bab el web.

Résumé :

Mostaganem, à 200km d’Alger sur les côtes algériennes. Hassan, un passeur se charge de former un groupe de clandestins pour la traversée vers l’Espagne. Quatre de ses amis et six « brûleurs » (traduction du terme harragas utilisé pour clandestins) qui financent une grande partie de la traversée, participent à l’aventure. Hassan, Nasser et Rachid ont tout préparé minutieusement, mais bien des difficultés les attendent.

Analyse :

Les statistiques sont accablantes comme l’indique le post-générique. Des milliers de morts, des milliers de disparus entre le Maghreb et l’Europe, entre l’Afrique noire et l’Espagne, entre les pays de l’ex-Yougoslavie et l’Italie.
Tourné dans des conditions parfois difficiles pour les acteurs cependant passionnés par le propos du film, Harragas apporte un nouvel éclairage sur la destinée tragique de clandestins africains. On peut se référer à Inland et Rêves de poussière, analysés dans cette rubrique (pro-fil-online.com – critiques de films; ou en passant par la fonction "Rechercher" de ce site).
Film épuré, sans recherche d’effets, sans pathos. La réalité montrée non par un documentaire (impossible à faire, on imagine) mais avec une fiction qui donne, en une heure et demie, la description de passage de clandestins arabes de Mostaganem à l’Espagne. Pourquoi quitter son pays, son village, ses parents, pour aller vers cet inaccessible Eldorado ? La jeune fille (seule femme du groupe) le résume ainsi : « Je pars, parce que si je reste, je meurs ; » Elle ajoute à sa mère accablée et impuissante : « Mais si je pars, je meurs aussi ». Toute l’absurdité de la situation réside dans ces mots. Que faut-il pour émigrer : un passeur, une barque à moteur, un GPS (qui s’avèrera inopérant), une boussole. Et l’envie confuse, informulée, de changer de vie ! Sur la barque, un morceau d’humanité, avec les peurs, les illusions, les mesquineries. Il y a même une tentative de prise de pouvoir, dérisoire.
La mer Méditerranée, célébrée par les poètes et aussi les cinéastes, n’est plus le symbole de liberté, mais celui d’un enfermement qui peut conduire à la prison, le plus souvent à la mort. Proche de la côte (mais de quel pays ?) la barque tombe en panne. Certains (ils sont 3 de l’équipage, deux sont déjà morts noyés) se décident à se jeter à l’eau. Épuisés, ils échouent sur une plage. Pas de comité d’accueil si ce n’est… deux garde-côtes. Ils seront arrêtés, expulsés.
Une voix-off accompagne le récit ; elle est sobre, factuelle. Allons nous ouvrir les yeux sur ce scandale de notre monde ?

(Alain Le Goanvic)