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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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HUIT FOIS DEBOUT

(France - 2009 - 1 H 42)

Réalisation : et Scénario: Xabi Molia - Image : Sébastien Sarraille - Son : Boris Chapelle - Musique : Hey Mey My My - Photographie : Martin de Chabaneix - Production : Moteur s’il vous plaît, Rouge international
Interprétation : Julie Gayet, Denis Podalydès, Mathieu Busson, Kevyn Frachon, Constance Dolle.
Auteur :

Agé de 31 ans, Xabi Molia a un passé littéraire (Gallimard, Le Seuil), au terme d’études de lettres à Normale Supérieure. Dès 2003, il s’essaie au cinéma avec plusieurs courts métrages. Avec « Huit fois debout », il se lance « dans la cour des grands »...

Résumé :

Elsa et Mathieu vivent sur le même palier, sans au départ se connaître. Mais tous deux ont en commun d’être des « losers » à la recherche toujours déçue d’emplois problématiques, d’entretiens d’embauche en entretien d’embauche. La « spirale » s’accélère lorsque l’un après l’autre, ils sont priés d’aller loger ailleurs.

Analyse :

Voilà décrite avec beaucoup de tendresse et, pourrait-on dire paradoxalement, d’optimisme, la galère de deux « êtres » (paumés serait trop péjoratif), que la vie n’avait en rien armés pour ce genre d’avatars. Parcours décrit sans aucune prétention manichéenne, ni acrimonie.
Et pourtant, Elsa en sera réduite à dormir dans sa voiture, une fois épuisées les rares ressources d’âtres charitables. Puis, à rejoindre Mathieu, en tout bien tout honneur, dans un de ces « no man’s land » boisés, fort heureusement plus aimable que les environs de Calais (mais comment ne pas faire le rapprochement ?). Elsa, élève infirmière « dans une première vie » (mais sans suite…) a été mariée, larguée, privée de la garde de son enfant de dix ans : elle n’a pas les moyens de lui assurer une existence décente et a perdu le désir de l’accueillir pour les week-ends « réglementaires » (où l’accueillerait-elle du reste ?). Elle a un petit job au noir : nettoyage nocturne de véhicules dans un dépôt de bus. Pas de relations, hormis un cousin attentionné mais impuissant. Dans ce monde de brutes, elle ne sait pas se vendre aux chasseurs de « têtes » qu’elle visite : et quelles têtes ! même caissière de supermarché, ça ne marche pas…
Mathieu est à son image, ou presque, aussi démuni dans la vie. Un jour oui, un jour non, il bricole dans les sondages publicitaires sur la voie publique ; le reste du temps, il s’entraîne au tir à l’arc, car on lui a dit que cet exercice était bien vu quand on cherchait un job. Et on lui doit un vibrant plaidoyer sur les vertus du travail devant un DRH ébahi… humour garanti, mais improductif...
L’avenir ? Timides approches mais aucun n’est prêt pour une relation amoureuse. Simple recherche de la compagnie de l’autre pour le logis « forestier », pour la quête du job, sans grande conviction mais toujours espérée : « Sept fois à terre… huit fois debout » La compassion de Xabi Molia pour cet « épiphénomène » de notre temps vaut vraiment qu’on s’y intéresse.

(Jacques Agulhon)