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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Illegal

(Belgique - 2010 - 1h32)

Réalisation : Scénario et dialogues : Olivier Masset-Depasse - Photo : Tommaso Fiorilli - Son : Philippe Kohn - Montage : Damien Keyeux - Musique : André Dziezuk - Production : Dharamsala , Iris Productions, Versus Production - Distribution : Haut et Court
Interprétation : nne Coesens (Tania), Esse Lawson (Aissa), Alexandre Gointcharov ((Ivan), Gabriela Perez (Maria), Christelle Cornil (Lieve), Olga Zhdanova (Zina).
Auteur :

Dès ses premiers courts-métrages, Chambre froide (2000) et Dans l’ombre (2004), Olivier Masset-Depasse filme des personnages féminins déterminés et prêts à tout pour atteindre leurs buts. Avec ces deux films, il récolte une soixantaine de prix dans les festivals du monde entier. Cages (2006), son premier long-métrage, qui relate une passion amoureuse destructrice, fait le tour des festivals internationaux dont Toronto et Rome, et remporte un succès public en Belgique. Illégal, son deuxième long-métrage, est un thriller psychologique sur fond de critique sociale.

Résumé :

Tania et Ivan, son fils de 14 ans, sont biélorusses et vivent clandestinement en Belgique depuis huit ans. Sans cesse sur le qui-vive, Tania redoute les contrôles de police jusqu’au jour où elle est arrêtée. La mère et le fils sont séparés. Tania est placée dans un centre de détention, et elle s’attend à être expulsée, de gré ou de force.

Analyse :

Ce film devrait être vu par les militants de la CIMADE ou de toute autre organisation des Droits de l’Homme. Il s’adresse aussi aux sympathisants des sans papiers ou simplement aux citoyens désireux de savoir ce qui se passe dans les centres de détention, en Belgique (c’est le cas ici), en France ou ailleurs. De savoir aussi ce qui se passe dans les aéroports, où l’on embarque en catimini des « expulsés » dont on n’a rien à faire sur le « territoire national ». Le film montre, au travers de l’histoire de Tania, tout le processus administratif et policier qui, implacablement, vise à briser sa volonté. Sa situation est illégale, certes : pendant huit ans, elle a travaillé sans papiers, et au moment où elle obtient une fausse carte de séjour, fabriquée par un Russe mafieux du nom de Nowak, elle est arrêtée en pleine rue. Mais elle refuse de dire son nom, qu’elle est mère d’un garçon, Ivan, façon de le protéger, mais aussi de couvrir le chef mafieux, qui d’ailleurs, menaçant, s’en inquiète au téléphone.
Ce film a-t-il une valeur de document ? Les experts des centres peuvent en juger. On voit en détail comment se passent les interrogatoires, les intimidations. Le droit de se défendre est pourtant assuré: un avocat commis d’office s’en charge, mais Tania doit dire son nom…Également, on nous montre comment se déroule la « reconduite à la frontière ». Tania est assistée d’une psychologue, du moins lors de la « première fois » ! ; il y a un homme qui filme au caméscope tous les mouvements, du fourgon cellulaire jusqu’à l’entrée dans l’avion, afin de garantir qu’il n y a pas eu de violences physiques. L’Administration s’emploie à donner toute l’apparence humanitaire à une pratique qui, fondamentalement, est contraire aux droits de l’homme. Illégal est une fiction au contenu documentaire. L’abondance des gros plans nous plonge dans le drame d’une réalité sordide. La caméra semble même s’introduire par effraction dans les bureaux, les salles d’isolement, les chambres. Cette impression de réalité est une extraordinaire pédagogie : ce n’est pas du cinéma pour plaire au public, c’est un document visuel qui nous pousse à réagir. Comme ces passagers de l’avion qui forcent les policiers, avec le soutien du commandant de bord, à faire descendre Tina. Toutes ces images sont dures, sans concession. Une grande émotion s’en dégage. Qu’est ce qui est illégal dans l’histoire ? Le système répressif contre les sans-papiers…dans un pays, qui se dit démocratique ?

(Alain Legoanvic)