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Cinéma

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L’affaire FAREWELL

(Fra, 2009, 1h53)

Réalisation : Christian CARION, Scénario: Christian CARION et Eric RAYNAUD d’après le roman ‘Bonjour Farewell’ de Serguei KOSTINE, Image: Walther VAN DEN ENDE. Montage: Andrea SEDLACKOVA, Production: Christophe ROSSIGNON et al.
Interprétation : Emir KUSTURICA (Grigoriev la taupe russe), Guillaume CANET (Pierre Froment), Alexandra Maria LARA (Jessica femme de Pierre), Ingeborga DAPKUNAITE (Natasha femme de Grigoriev), Philippe MAGNAN (Mitterand), Fred WARD (Reagan), Nils ARESTRUP (Vallier chef de la DST), Willem DAFOE (Feeney chef de la CIA).
Auteur :

Né en 1963, Christian CARION, fils d’agriculteurs, et quinze ans ingénieur agronome au ministère de l’agriculture, tourna pour son premier film Une hirondelle a fait le printemps (2001) une histoire d’agriculteurs. Natif de Cambrai, « nous dans le nord on vit avec la guerre sous nos pieds », il consacra le second à un épisode de la Grande Guerre. Après ces deux succès (plus de deux millions de spectateur en France pour chacun), il se lance avec l'Affaire Farewell dans une réalisation moins en rapport avec sa propre personnalité. Il y retrouve Guillaume CANET, déjà présent dans Joyeux Noël, et y fait apparaître, dans son premier vrai rôle à l’écran, le réalisateur Emir KUSTURICA.

Résumé :

Il s’agit d’une histoire réelle des années 1980, vers la fin de la guerre froide. A Moscou, Pierre Froment, tranquille fonctionnaire de l’ambassade de France, est approché par un colonel du KGB qui lui confie des documents importants à faire passer à l’ouest. Importants, ils le sont en effet, énormément, et l’on verra Mitterand, Reagan, Gorbatchev s’en occuper personnellement. Une fois entré dans l’engrenage, Froment a le plus grand mal à en sortir indemne.

Analyse :

Le film déploie en parallèle trois niveaux : celui, intimiste et personnel, des deux protagonistes dont le quotidien est envahi par l’ombre géante et gluante de la géopolitique ; celui, opaque et tortueux, des hommes froids et effrayants des services secrets, dont le rôle est de contrôler ou d’éliminer les premiers ; et celui, entre magique et dérisoire, des puissants de ce monde, ayant des jouets nucléaires entre leurs mains. L’ours KUSTURICA dans le rôle de Grigoriev, bulldozer risque-tout du KGB, et le mouton CANET dans celui du sage bureaucrate plongé sans le vouloir dans un vrai James Bond, sont bien campés. Les motivations du premier sont le dégoût pour le système – tout ce qu’il demande en échange des trésors secrets qu’il livre au risque de sa vie, ce sont des CD à la mode pour son fils – et le second se débat entre le sens du devoir envers son pays, et les risques que cela comporte pour lui-même et pour sa famille.
Mais tout cela reste terriblement lisse, et paradoxalement quotidien ; les apparitions des (plus ou moins) sosies des présidents français (tournage à l’Elysée), américain (tournage en studio) et du leader soviétique ne renforcent pas la sensation de réalité. On ne frémit guère qu’à l’approche de la frontière, lorsque Pierre et Jessica s’enfuient. Est-ce un trop grand souci de réalisme, qui a évacué des dramatisations non justifiées par les faits réels, et atteint à la banalité ? Pour faire connaissance d’un passage de l’Histoire vraie à la fois fort intéressant et très peu connu, ce film est précieux, mais comme récit d’espionnage, ne suscitant que peu d’excitation ou d’émotion, il est plutôt raté.

(Jacques Vercueil)