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Cinéma

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L'Arbre

(France-Australie - 2010 - 1h40)

Réalisation : Scénario et dialogues : Julie Bertucelli - Photo : Nigel Bluck - Musique : Grégoire Hetzel - Son : Olivier Mauvezin - Montage : François Gedigier - Production : Les Films du Poisson ; Taylor Media -Distribution : Le Pacte, Memento Films International
Interprétation : Charlotte Gainsbourg (Dawn), Marton Csokas (George), Morgana Davies (Simone)
Auteur :

ille du réalisateur Jean-Louis Bertucelli, Julie Bertucelli a commencé sa carrière comme assistante de réalisation (Iosseliani, Kieslowski, Tavernier), puis a réalisé plusieurs documentaires et téléfilms. En 2003, son premier long-métrage Depuis qu’Otar est parti (2003) révèle une grande sensibilité. L’arbre, son troisième film, a eu les honneurs du Festival de Cannes 2010 (Clôture Compétition Officielle).

Résumé :

Dawn et Peter vivent heureux avec leurs quatre enfants dans la campagne australienne. Leur maison est tout près d’un arbre gigantesque. Lorsque Peter meurt subitement d’une crise cardiaque, chacun pour continuer à vivre, réagit à sa manière. Simone, la petite fille de huit ans, croit que son père vit à présent dans l’arbre. Elle confie son secret à sa maman, Dawn.

Analyse :

Inspirée d’un roman de Judy Pascoe, la relation entre la famille endeuillée et l’arbre, à la fois rassurant et inquiétant, devient, jour après jour, étrange, surnaturelle. Le titre du roman est en anglais « Our father who art in the tree » c’est à dire « notre père qui es dans l’arbre ». Déjà la connotation est religieuse ou métaphysique. Oui, il y a dans ce film l’évocation de l’Invisible et de l’indicible, qui subtilement s’instaure…
Dans le générique, une image étonnante : une maison se déplace sur la plateforme d’un camion, celui-ci est conduit par Peter. Après le boulot, Peter rentre chez lui. Il prend sa fille au passage, lui donne sa montre, et meurt dans sa voiture qui vient s’échouer en douceur sous l’arbre tout proche de la maison familiale. Funérailles et deuil, douleur insurmontable de Dawn, la mère. Deux personnages sont particulièrement cadrés et suivis par la caméra : Dawn (en anglais, l’aurore) et Simone, la petite fille. Un lien mystérieux va les rapprocher, l’arbre est le point focal, un personnage à part entière. Toute la force de la nature, protectrice ou dangereuse, semble peu à peu se déployer. Irruption d’animaux dans la maison (chauve-souris, grenouilles), bruits du vent, craquements, frémissements, de plus en plus forts.Une énorme branche s’abat la nuit dans la chambre conjugale. Le pouvoir du cinéma rend palpable la vie de cet arbre qui va influencer la vie de Simone, puis de Dawn. La petite fille va vivre le plus souvent dans les « bras » de l’arbre, lui parler, tenir conversation… Charlotte Gainsbourg est étonnante de présence et de sensibilité, elle est à fleur de peau. La jeune actrice qui incarne Simone est d’une émouvante authenticité.
La réalisatrice nous transporte dans un monde à la lisière du fantastique, car tout ce qui est montré reste « réaliste ». En fait, les deux personnages féminins (les garçons et George, le nouvel ami de Dawn, restent dans le rationnel) se déplacent dans un monde teinté d’animisme et de spiritualité diffuse. Ainsi, elles décideront de ne pas faire abattre l’arbre. L’âme du père serait-elle inscrite dans l’écorce? Une très belle musique, lyrique et sensuelle, des images fortes (l’arbre se met à ressembler à l’orme de Souvenir de Mortefontaine de Corot), une situation inédite de deuil : ce film mérite un détour.

(Alain Le Goanvic)