Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

L’Armée du crime

(France - 2009 - 2h19)

Réalisation : Robert Guédiguian - Scénario et dialogues : Robert Guédiguian, Serge Le Péron, Gilles Taurand - Photo : Pierre Milon - Décors : Michel Vandestien - Montage : Bernard Sasia - Musique : Alexandre Desplat - Son : Laurent Lafran, Gérard Lamps - Production/ Distribution : AGAT Films & Cie
Interprétation : Simon Abkarian (Missak Manouchian), Virginie Ledoyen (Mélinée Manouchian), Robinson Stevenin (Marcel Rayman), Grégoire Leprince-Ringuet (Thomas Elek), Lola Naymark (Monique Stern), Yann Tregouët (Commissaire David)
Auteur :

Né en 1953, de mère allemande et de père d’origine arménienne, Robert Guédiguian a abordé, de Dernier été (1981) à Lady Jane (2008), les thèmes de l’amitié (exaltée et trahie), de l’engagement politique à gauche (idéal et désillusion), du problème de générations (familles d’immigrés à Marseille). Avec Le promeneur du Champ de Mars (2005) et L’armée du crime (Cannes 2009 Hors Compétition), le cinéaste s’intéresse à notre histoire contemporaine.

Résumé :

1941. Dans Paris occupé par les Allemands, l’ouvrier poète Missak Manouchian prend la tête d’un groupe de très jeunes juifs, Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italiens, Arméniens, déterminés à combattre pour libérer la France qu’ils aiment : celle des Droits de l’Homme. Ils commettent de nombreux attentats contre l’occupant. Pourchassés par la police française, ils seront arrêtés et victimes d’une odieuse propagande raciste (« L’affiche rouge » magnifiée par la chanson de Léo Ferré).

Analyse :

Comme l’indique l’avertissement du post générique, Guédiguian a bousculé la chronologie pour nous restituer l’aventure tragique de ce groupe de jeunes résistants. En fait, il présente de manière condensée des évènements qui se déroulent jusqu’en 1944. On est frappé par la maîtrise du récit, la précision à la fois dans la description de quelques-uns des résistants, dont bien sûr la figure emblématique de Manouchian, et le souci du détail dans les décors, permettant de se transporter dans le Paris des années quarante. Les personnages prennent une épaisseur humaine, bien situés dans leur milieu familial, originel et politique : juifs, arméniens, communistes, anti-franquistes. Le portrait de Missak Abkarian est particulièrement intéressant. Poète et pacifiste, amoureux de sa femme, il est poussé par un chef résistant, probablement d’origine polonaise et aux allures staliniennes (!), à s’engager concrètement dans la lutte antinazie. Le souvenir du massacre de son peuple revient soudain à sa conscience (très belle séquence) ; il commet son premier attentat contre un groupe de militaires allemands. Puis c’est l’engrenage infernal. Arrêté par les Allemands, libéré après avoir juré sur l’honneur qu’il n’est pas communiste, il subit une certain désaveu de la « direction » de la résistance. On lui demande des actions plus « spectaculaires », sinon il sera « viré ». Les autres protagonistes, tous très jeunes, assistent aux exactions de la police française, montrée sans concessions (rafle du Vel d’Hiv, Drancy, port de l’étoile jaune), ce qui ne fera que renforcer leur engagement. Rigueur dans la représentation, évènements documentés, chaleur humaine malgré la trahison et les humiliations. Guédiguian nous livre un film honnête, distancié mais attentif, sur une page sinistre de notre histoire. Les figures familières d’acteurs sont là : Darroussin (qui campe un commissaire de police, falot et cynique), Ascaride et Meylan, qui se contentent d’un petit rôle. La « famille » du cinéaste marseillais continue sa route pour notre plus grand plaisir !

(Alain Le Goanvic)