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Cinéma

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La Nana (La bonne)

(Chili, 2008, 1h35)

Réalisation : Sebastian SILVA ; Scénario: Sebastian SILVA, Pedro PEIRANO ; Image: Sergio ARMSTRONG ; Montage: Danielle FILLIOS ; Production: Gregorio GONZALEZ ; Distribution française: ASC Distribution
Interprétation : Catalina SAAVEDRA (Raquel la Nana), Claudia CELEDON (Pilar Valdez la maman), Mercedes VILLANUEVA (la jeune bonne), Anita REEVES (la forte bonne), Mariane LOYOLA (Lucy, la troisième), Alexandro COIC (Mundo le mari).
Auteur :

Né en 1979 à Santiago-du-Chili, Sebastian SILVA est un artiste aux multiples talents. Après l’école de cinéma au Chili, il étudie l'animation à Montréal, organise sa première exposition de dessins, crée le groupe de musique CHC, et sort plusieurs albums. La Nana, son deuxième long métrage après La vida me mata (2007), a été primé à Sundance (catégorie ‘Cinéma mondial : fiction’). "J'ai été élevé et entouré par des bonnes. Vivre avec elles, 24 heures sur 24, marque votre existence." Catalina SAAVEDRA (prix d’interprétation) était déjà au générique de La vida me mata.

Résumé :

Depuis plus de 20 ans, Raquel est employée dans une maison où elle se sent membre de la famille. Elle a élevé les enfants; elle adore le garçonnet et déteste la fille aînée, d’où des conflits aigus qui la mènent au surmenage. La maman, tentant d’apaiser ces difficultés, recrute pour l’aider deux bonnes successives, que Raquel maltraite violemment et qui repartent. Une troisième, Lucy, arrivera à l'amadouer et à la transformer.

Analyse :

Une étude sociale et psychologique finement conduite sur ces deux plans. D’une part, le leurre de l’égalité entre inégaux, comme le montre cruellement la fête d’anniversaire que la famille organise en faveur de Raquel comme cela se fait pour les enfants, mais dont tous mesurent le degré de factice ; d’autre part, la bataille solitaire de cette femme lorsqu’elle se perçoit interchangeable et se retrouve contre, et non plus dans, le groupe familial.
Sebastian SILVA a bien su respecter le caractère bourgeois de la famille Valdez, sans la caricaturer en exploiteurs sordides, au contraire : la situation sociale n’en apparaît que plus claire ; et il a eu l’habileté, pour aérer son propos, de semer dans la vie de la famille et dans la révolte de Raquel des accents comiques par leur forme, bien que dramatiques au fond, comme lorsque celle-ci enferme hors de la maison sa concurrente ainsi rendue impuissante. Caterina SAAVEDRA fait apparaître de façon saisissante la carapace morale dont Raquel s’est revêtue pour affronter le statut ambigu dans lequel elle vit, et dont la dureté se révèle au moment du conflit.
Le contraste entre Raquel et Lucy, une femme de la campagne, tout à son opposé : confiante, désinhibée, optimiste, prend aussi une allure d’ancien contre moderne, mais au contraire du cliché, c’est la rurale en jogging qui fait évoluer la citadine coincée dans son tablier. La mutation provoquée chez Raquel par sa découverte du milieu familial de Lucy, où elle est enfin traitée en égale, paraît quand même un peu miraculeuse. Et le rapport social « bourgeois et bonnes », tout pertinent qu’il soit sans doute dans le contexte sud-américain de nos jours (voir par exemple Linha de passe, au Brésil, où la mère est une autre Nana) a perdu pour nous beaucoup de son actualité, ce qui peut nuire à l’intérêt du public pour ce film dont il fonde le ressort dramatique.

(JacquesVercueil)