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Cinéma

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La petite chambre

(Suisse - 2010 - 1 H 27)

Réalisation : Stéphanie Chuat et Véronique Reymond - Image : Pierre Milon - Son : Carlo Thoss, Michel Schillings - Décor : Daniel Raduta - Montage : Thierry Faber - Musique : Emre Sevendik - Productrice : Ruth Waldburger.
Interprétation : Michel Bouquet, Eric Caravaca, Florence Lloret-Caille, Joël Delsaut, Valérie Bolson, Fabienne Barraud.
Auteur :

Stéphanie Chuat et Véronique Reymond se rencontrent sur les bancs de l'école à l'âge de 11 ans. A 18 ans, elles entrent au Conservatoire de Lausanne, section art dramatique et travailleront comme comédiennes avec divers metteurs en scène. En 1993 elles fondent la compagnie 'Switch' et créent des spectacles où se mêlent théâtre, chanson et cinéma. Elles passent à l'écriture cinématographique en 1999. Après quelques courts-métrages et un documentaire elles réalisent 'La petite chambre', leur premier long-métrage de fiction.

Résumé :

Edmond est un vieillard autoritaire, retranché du monde par un long veuvage, en proie aux difficultés de la vie domestique, avec les ans qui passent. Deux seules passions lui restent : la musique et les plantes d'intérieur. Le destin place sur son chemin une jeune infirmière au passé récent douloureux. Au fil du récit, va se tisser entre ces deux êtres que tout oppose une relation affective d'autant plus forte qu'elle est longtemps réprimée.

Analyse :

On tient volontiers le cinéma suisse pour peu de choses. C'est fort dommage, comme en témoignent les productions révélées par un modeste festival qui mérite lui aussi d'être connu(1). Et il n'est pas indifférent que le grand Michel Bouquet ait été séduit par le projet des deux jeunes réalisatrices. Voilà donc un parcours peu ordinaire vécu en commun par un très vieux monsieur et une jeune femme. On avait connu, avec Nelly et Monsieur Arnaud(2) un duo tout aussi singulier mais dans un tout autre registre. Edmond, vieillard acariâtre, ivre de solitude, tout entier voué à la musique classique et à ses plantes d'intérieur. Et une jeune infirmière qui, peu à peu, au-delà des soins quotidiens au diabétique mesure l'immense détresse, digne, de son 'client', veuf, père d'un fils unique qui va le quitter pour les Etats Unis, carrière et mondialisation obligent : cette perspective est d'autant plus mal ressentie par le vieil homme qu'elle s'accompagne de maoeuvres plus maladroites qu'habiles pour lui faire accepter, sereinement la maison de retraite. Peu à peu, la jeune femme va s'impliquer davantage dans la vie domestique de celui qui, pour elle, passe peu à peu, la déontologie dut-elle en pâtir, du statut de 'patient' à celui de 'protégé'. Cette 'intimité' va s'accompagner pour chacun, par la découverte de l'autre : la jeune femme vit une rude période, le bateau sur lequel son couple est embarqué 'prend l'eau de toutes parts' à la suite d'une toute récente fausse couche. Comment ne pas rapprocher ces deux destinées : celle d'Edmond, en instance d'être privé de son fils, celle de la jeune femme, victime du pire des deuils, celui de son enfant mort-né ? Elle accueillera chez elle le vieillard en fuite de la maison de retraite, gagnée contre son gré : cette folle 'charité' sera sans grand lendemain : une nouvelle fois, Edmond fuguera de la maison de retraite, cette fois pour la bonne cause, à savoir se donner la mort là même où son épouse avait disparu dans un accident de montagne . L'infirmière avait auparavant perdu sa trace... et le 'point d'orgue' du film est peut être cette déchirante manifestation de son désespoir : elle a perdu Edmond comme elle avait perdu son enfant. Mais la voici à nouveau enceinte, effaçant, avec son époux retrouvé, dans la petite chambre, les traces d'un passé douloureusement conservé jusque là...

(1) Semaine du Cinéma Suisse à Montpellier
(2) Film de Claude Sautet - 1995

(Jacques Agulhon)