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Cinéma

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La route (The Road)

(USA - 2009 - 1h52)

Réalisation : John Hillcoat - Scénario : Joe Penhall, d'après le roman éponyme de Cormac McCarthy - Musique : Nick Cave, Warren Ellis - Production : Dimension Films, 2929 Productions
Interprétation : Viggo Mortensen (le père), Kodi Smit-McPhee (le petit), Charlize Theron (la mère), Guy Pearce (le vétéran), Robert Duvall (le vieil homme), Michael Kenneth Williams (le voleur), Garret Dillahunt (le membre du gang), Molly Parker (la femme maternelle)
Auteur :

John Hillcoat est né en 1961 au Queensland (Australie). Il réalise de nombreux clips. Avant La route, trois long-métrages, assez espacés dans le temps, sont à son actif: Ghosts… of the Civil Dead en 1988, To Have and To Hold en 1996 et The Proposition en 2005. La route a été présenté à la Mostra de Venise en 2009.

Résumé :

Environ dix ans après une catastrophe ayant tout dévasté mais dont on n'apprendra rien de plus, un père et son fils errent à travers les cendres du monde en route vers un Sud incertain, poussant devant eux un caddie rempli de bric et de broc, sans cesse en quête de nourriture et de chaleur, et fuyant des bandes armées qui s'accaparent par la force tout ce qui reste à prendre, allant jusqu'au cannibalisme pour survivre.

Analyse :

Après un brève scène du début, résumant de façon exemplaire en quelques instant la beauté du monde, les presque deux heures du film s'étirent dans une grisaille étouffante. La civilisation a disparu. Rien n'est dit des causes de cette disparition. Est-elle d'origine naturelle - une météorite peut-être ? - ou relève-t-elle de la responsabilité de l'homme ? Le réalisateur ne donne pas la réponse parce que son propos est ailleurs: Quelle est l'essence de l'humanité, qu'en reste-t-il quand tout ce qui permet sa vie a disparu ? Le film, tourné autour du lac Erié et dans les zones minières en Pennsylvanie, dans les régions frappées par l'ouragan Katrina en Louisiane, et en Oregon, donc en images réelles et non de synthèse, permet d'entrevoir la possibilité d'un tel avenir. Les quelques survivants sont pour la plupart retourné à la barbarie. Le père se souvient de sa femme, ayant choisi la mort plutôt que de tenter de survivre dans cet univers. Elle aurait d'ailleurs préféré ne pas mettre au monde cet enfant dans ces circonstances. Mais le père s'accroche à un avenir possible, si mince soit-il, pour son enfant. Marchant à travers les cendres qui recouvrent tout, s'infiltrent partout, aussi omniprésentes et froides que la violence qui menace de toute part, père et fils se tiennent chaud comme ils peuvent, au propre comme au figuré. Incarné magnifiquement par Viggo Mortensen qui a dû perdre beaucoup de poids pour ce rôle, cet homme affamé, la face creusée par l'angoisse, garde en lui une tendresse bouleversante pour l'enfant auquel il essaie de transmettre « le feu » d'être humain. Son arme n'a plus que deux balles, il est prêt à tirer sur toute personne menaçant le mince filet d'espoir – mais alors, ne bascule-t-il pas du côté des « méchants » ? C'est la question lancinante qui revient plusieurs fois dans la bouche du garçon: « est-ce qu'on est encore des gentils ? » Et le père, de façon tout aussi insistante, répète à chaque nouveau problème qui survient: « ne t'inquiète pas, je suis là ! »
Et si c'était cela, l'essence de l'humanité ? Essayer de rester gentil et d'être là les uns pour les autres. La solidarité contre la loi du plus fort en somme. La scène la plus forte peut-être du film est le moment où le garçon, après la mort de son père, rencontre une famille lui proposant de le recueillir. Comment savoir s'ils sont « gentils ». Réponse: il n'y a pas moyen de savoir, il n'y a que la confiance qu'on décide d'accorder ou non, la foi en somme.

(Waltraud Verlaguet)