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Cinéma

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Le choix de Luna (Na Putu)

(Bosnie - 2010 - durée 1 H 40)

Réalisation : et scénario : Jasmila Zbanic - Photo : Christine A. Maier - Musique : Brano Jakubovic – Distribution : Diaphana
Interprétation : Zrinka Cvitesic (Luna), Leon Lucev (Amar), Ermin Bravo (Bahrija), Mirjana Karanovic (Nada), Marija Köhn (Grand-mère), Nina Violic (Sejla)
Auteur :

Jasmila Zbanic est une scénariste et réalisatrice bosniaque. Elle est née à Sarajevo en 1974. Très marquée par la guerre civile, elle réalise en 2006 Sarajevo mon amour, chronique de la difficile reconstruction psychique d’une femme violée par les Serbes. Ce film l’a fait connaître à l’étranger et a obtenu l’Ours d’or au festival de Berlin en 2006. Le choix de Luna continue d’explorer les séquelles de ces événements.

Résumé :

Luna et Amar, jeune couple bosniaque heureux, va, à l’issue d’un malencontreux concours de circonstances, vivre une rude épreuve. Amar succombe à la propagande d’un groupe musulman intégriste, et connaît le zèle des convertis de fraîche date. Quel sera le choix de Luna, entre le joug de la charia, et l’abandon d’un amour toujours présent ?

Analyse :

Mine de rien, de séquence en séquence, un aimable récit prend des dimensions beaucoup plus graves. Voici le Sarajevo d’aujourd’hui, coquette métropole où nulle trace ne semble subsister d’un douloureux passé. Douces ondulations des collines, maints espaces verts sous un soleil lumineux : on va bientôt découvrir que l’homme ne se reconstruit pas avec la même promptitude que les pierres. Luna est une expatriée, victime sans doute d’un « nettoyage ethnique » ; orpheline, chassée par la folie des hommes d’une coquette demeure, mais bien, présentement, dans sa peau d’hôtesse de l’air. Amar a été naguère un combattant vaillant. Le couple, l’amour et la jeunesse aidant, tente d’effacer le passé : mais oubli, pour le jeune homme, ponctué par des virées dans les boites à la mode, où l’alcool n’est pas rare (on s’accommode avec le ciel d’Allah !). Cet excès d’alcool causera sa perte : écarté, pour inaptitude médicale, de son métier de contrôleur aérien, il va trouver auprès d’un ancien frère d’armes, fortuitement rencontré, de quoi refaire surface. Par delà le « job » proposé, ce sauveteur est acquis à un fondamentalisme militant, où la place de la femme est ce que l’on imagine. Amar ne tarde pas à adhérer à ces convictions, endoctrinement ou retour à la vraie foi ? Commence alors un parcours douloureux où le jeune couple se déchire à belles dents. Comme si on n’en avait pas fini avec les tensions du siècle passé, mais sous un tout autre registre. Luna interrompt la démarche de procréation médicalement assistée, que le couple avait entreprise. Mieux même : « miraculeusement » enceinte, elle s’interroge sur cette maternité à venir : l’accueillir ou la refuser ? Amar venait de mettre à profit la fête de l’Aïd, simple occasion de festoyer en famille sans connotation religieuse, pour commettre une violente diatribe à l’égard de son auditoire, qui a abandonné la vraie Foi. Cet extrémisme religieux, qui n’est sûrement pas qu’une vue de l’esprit de la réalisatrice, est lourd de menaces, nourri sans doute par les relents d’un génocide aux raisons incomprises, la recherche de réponses, et le désir de se rassurer. Et comment, au terme de ce film, ne pas donner, chacun à sa manière, un sens à la démonstration de Luna qui, dès les premières images, montre aux passagers, selon le rituel en vigueur, « les issues de secours » ?

(Jacques Agulhon)