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Cinéma

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Le gamin au vélo

(France, Belgique, Italie - 2011 – 1h27)

Réalisation : et scénario: Jean-Pierre et Luc Dardenne - Photo : Alain Marcoen - Décors : Igor Gabriel - Montage : Marie-Hélène Dozo - Distribution France : Diaphana Distribution
Interprétation : Cécile de France (Samantha), Thomas Doret (Cyril), Jérémie Renier (Guy Catoul, le père)
Auteur :

Jean-Pierre et Luc Dardenne sont nés en Belgique respectivement en 1951 et 1954. Ils ont débuté dans la réalisation sous le patronage d’Armand Gatti. Après avoir fait des études d’art dramatique pour l’un, de philosophie pour l’autre, ils fondent leur propre maison de production pour leurs documentaires militants.
C’est La promesse qui les révèle au Festival de Cannes 1996. Ils y obtiennent, en 1999, une Palme d’Or pour Rosetta, puis une seconde, en 2005, pour L’enfant. Le silence de Lorna (2008) a été couronné par le Prix du Parlement européen pour le cinéma et par le Prix du scénario au Festival de Cannes. Ce dernier film, Le gamin au vélo, a été encore récompensé à Cannes en 2011 par le Grand Prix du Jury.

Résumé :

Cyril, 12 ans environ, a été abandonné par son père dans un centre éducatif et refuse de croire à ce rejet. Au cours d’une fugue dans son ancien quartier, il rencontre par hasard la coiffeuse Samantha interprétée par Cécile de France, qui accepte de le recevoir régulièrement en week-end. Mais l’enfant, dans son désespoir, reste buté et hargneux. Profitant de la vulnérabilité du gamin, un jeune délinquant l’entraîne dans une agression contre un commerçant.

Analyse :

Cet enfant (interprété par Thomas Doret) qui, tout d’abord, court à la fois pour échapper à ses éducateurs et pour retrouver la trace de son père, a sur le visage l’expression fermée, anxieuse et combative de Rosetta (Rosetta, Jean-Pierre et Luc Dardenne, 1999) devant la perte de son emploi. Surnommé ‘Pitbull’ par les gamins de sa cité, il en a le comportement. Son jeu, tout en jaillissements, est étonnant de vérité tout au long du film, et les frères Dardenne, après Olivier Gourmet et Jérémie Renier, ont probablement découvert là un nouveau talent. Les ressemblances aux autres films des Dardenne sont nombreuses. Le thème de la relation père-fils, présent dans La promesse (1996), Le fils (2002) et surtout L’enfant (2005), est le moteur de l’intrigue. On pourrait presque se croire dans une suite donnée à ce dernier puisqu’on y retrouve un père irresponsable interprété par le même acteur Jérémie Renier.
Cyril porte à son père un amour désespéré. Il fait tout pour lui plaire et lui pardonne tout : « Ce n’est pas grave », le rassure-t-il à plusieurs reprises. S’il demande à Samantha de l’accueillir le week-end, c’est dans l’espoir que sa semi-liberté lui permettra de rencontrer son père. La jeune femme n’est pour lui qu’un moyen d’action. Elle n’est pas dupe, comprend l’émotion de l’enfant, et le soutient comme elle peut, restant cependant ferme avec lui (Cécile de France est parfaite dans ce rôle). Les frères Dardenne nous laissent cependant libres d’imaginer les motifs de son attitude. Mais le ‘Pitbull’ se fait remarquer par un petit chef du gang de la cité qui comprend comment exploiter sa détresse. Rejeté par son père, Cyril se trouve adopté par ce jeune homme qui lui propose même d’être sa famille d’accueil. Il retrouve un modèle paternel, consent à participer à un mauvais coup et refuse toute part du butin : « Je le fais pour toi ». Déçu une fois de plus dans son affection, Cyril se rend compte de la valeur du soutien indéfectible de sa tutrice. L’image finale du gamin sur son vélo, pédalant de toute son énergie pour retrouver Samantha, de la même manière qu’il pédalait à la recherche de son père, donne un dénouement tout à fait positif à l’histoire.
Comme tous les films précédents des Dardenne, celui-ci est tout à fait réaliste. Le montage est rapide pour mieux rendre le désarroi et la hargne du garçon. L’utilisation relativement fréquente du hors champ est étonnamment bienvenue. Deux bémols à mon goût : une fin en deux temps dont il est difficile de comprendre l’intérêt si ce n’est la dernière séquence du gamin rentrant chez lui, et l’intervention au cours du récit du Concerto ‘l’Empereur’ de Beethoven, qui, même discrète, alourdit le discours.

(Nicole Vercueil)