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Cinéma

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LE NOM DES GENS

(France - 2010 - 1h40)

Réalisation : Michel Leclerc - Scénario: Michel Leclerc, Baya Kasmi
Interprétation : Jacques Gamblin - Sara Forestier - Zinedine Soualem - Carole Frank, Jacques Boudet, Michèle Moretti - Cyrille Andrieu-Lacu - Lionel Jospin
Auteur :

Michel Leclerc est scénariste, réalisateur (sept courts métrages, un documentaire sur le cinéaste tchèque Jan Svankmajer et un premier long métrage en 2006 J'invente rien). Il a été chroniqueur de télévision sur Fr3 et Canal +. En tant que scénariste il a été créateur et auteur d'une trentaine d'épisodes de la série "Age sensible" diffusé sur F2 en 2003. Il est aussi auteur-compositeur-interprète dans le groupe musical Minaro.

Résumé :

Arthur Martin, virologue terne et effacé, adepte du principe de précaution, est agressé sur un plateau de radio par Bahia, jeune beurette très engagée à gauche et à l'indignation exaltée. De cette rencontre va s'ensuivre une relation amoureuse improbable qui va servir de révélateur aux passés à la fois si différents et si comparables de l'un et de l'autre.

Analyse :

Réaliser et réussir une comédie sur la question de l'identité française d'un petit-fils de juifs grecs, immigrés en France avant la guerre puis déportés et gazés à Auschwitz, et d'une fille d'algérien immigré en France après la guerre d'Algérie, n'était pas gagné d'avance. D'autant que le parti-pris du réalisateur est de donner dans le farfelu et même la provocation. Et ça marche... De manière beaucoup plus convenue, Roschdy Zem avait abordé la question des relations amoureuses entre une jeune femme d'origine juive et un jeune homme d'origine maghrébine, dans Mauvaise foi, en 2006, mais sans la fantaisie et l'humour de Michel Leclerc. En partant de la question prétexte: "d'où vient le nom des gens?", ce dernier arrive à montrer comment, qu'on cherche à cacher son origine ou qu'on l'exhibe fièrement, ce qui compte c'est ce qu'on a fait de soi-même, en dépit de ce que les parents ont cherché à obtenir. Et tout ce propos se développe à travers des scènes d'une grande drôlerie: Arthur Martin enfant conseille l'adulte qu'il est devenu; Bahia expose sa stratégie pour convertir les gens de droite à une attitude de gauche; la rencontre entre les parents d'Arthur et la jeune femme, soigneusement briffée pour éviter les sujets qui fâchent; les deux pères coopérant à la réparation d'une cafetière "sabotée" par Arthur pour qu'on évite de parler de l'Algérie; l'arrivée de Lionel Jospin dans l'appartement d'Arthur... L'émotion est présente aussi, en particulier dans les rapports entre Arthur et sa mère (devenue quasiment mutique après qu'une employée de l'état civil ait mis en question sa nationalité française) à laquelle il ose enfin demander: "pourquoi ne m'as-tu jamais parlé de tes parents?".
C'est donc à travers des situations hautement improbables que sont abordées des questions très réelles et très actuelles. Ce film est la preuve que la comédie et le rire peuvent être des armes de combat contre l'obscurantisme.

(Maguy Chailley)