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Cinéma

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Le Plafond de verre/Les défricheurs

Documentaire (France 2005 ; durée 104 mn)

Réalisation : Yamina Benguigui. Image : Bakir Belaïdi, Serge Richard. Montage : Lionel Bernard. Production : Bandits Production. Distribution : CINE CLASSIC.
Interprétation :
Auteur :

D'origine algérienne, Yamina Benguigui a réalisé une dizaine de films, la plupart des documentaires, essentiellement consacrés à rendre compte du monde de l'islam et de la population française issue de l'immigration. On peut citer ainsi Femmes d'Islam (1994), et surtout Mémoires d'Immigrés, l'héritage maghrébin(1997), remarquable document sur l'immigration algérienne et son histoire depuis les années 1970.

Résumé :

Le Plafond de verre et Les défricheurs constituent un dyptique consacré à la l'attitude discriminatoire du monde du travail vis-à-vis des Français issus de l'immigration. Le premier volet dresse un réquisitoire impitoyable à l'encontre des entreprises qui, par conformisme ou racisme inavoué, se refusent, non seulement à employer du personnel qui ne soit pas "gaulois", mais même simplement à le convoquer pour un entretien d'embauche. Dans le second volet, Yamina Benguigui s'intéresse à ceux (rares) qui ont réussi à traverser ce plafond de verre, mais dont la carrière est toujours marquée par leur origine.

Analyse :

Ici, pas de voitures en flammes, mais souvent des vies en cendres : celles d'hommes et de femmes qui ont joué la carte de l'intégration par l'école et les diplômes, et qui ont découvert que, en raison de leur nom ou de la couleur de leur peau, l'ascenseur social s'arrêtait pour eux devant les portes obstinément fermées des entreprises. Ainsi de Kamel, 42 ans, titulaire d'un DEA d'économie qui ne lui a ouvert aucun emploi, car, dit-il "avant d¹être candidat, j'étais d'origine algérienne" ; Kamel est aujourd'hui jardinier. Ainsi de Nordine, jeune ingénieur, qui en est à quelque cinq cents CV envoyés, et qui avance une explication : "On n'aime pas être sous les ordres d'un maghrébin". Car le vieil inconscient collectif est toujours à l'oeuvre, séquelles d'un colonialisme et d'une relation à l'islam non soldés.

Sans doute, quelques uns d'entre eux réussissent à se glisser entre les mailles du filet. Quoi de commun entre ces passeurs de muraille, qu'ils soient agent de maîtrise chez Citadium comme Méziane, directrice de la FNAC Bastille comme Annick Legros, la black, ou responsable comptable chez Yves St Laurent comme Nadia Faoud ? Sans doute déjà leur appartenance à un groupe d'entreprises qui ont compris qu'en continuant à se reproduire à l'identique elles se vouaient à leur perte. Mais aussi leur caractère de battant(e), leur volonté farouche de s'en sortir à la force du poignet. Et encore, une fierté accompagnée de lucidité : ils sont parvenus à s'élever dans l'échelle sociale, mais ils savent qu¹ils sont une infime minorité et qu'ils ne monteront pas plus haut .

(Jean Lods)