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Cinéma

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LE QUATTRO VOLTE

( Italie - 2010 - 1h28)

Réalisation : Michelangelo Frammartino - Scénario : Michelangelo Frammartino - Photo : Andrea Locatelli - Son : Paolo Benvenuti, Simone Paolo Olivero - Montage : Benni Atria, Maurizio Grillo - Distribution : Les Films du Losange
Interprétation : Giuseppe Fuda (Le Berger) - Bruno Timpano (Un charbonnier) - Nazareno Timpano (Un charbonnier)
Auteur :

Michelangelo Frammartino est né en Italie en 1968. Passionné par la relation entre l’espace physique et les images photographiques, la vidéo et le cinéma, il conçoit plusieurs installations vidéo au Studio Azzuro. Réalisateur également de courts-métrages, il enseigne la technique et le langage cinématographique. En 2003, il réalise son premier long-métrage Il dono, tourné en Calabre, comme Le quattro volte, son deuxième long-métrage, présenté à La Quinzaine des Réalisateurs (Cannes) et récompensé à Annecy (Grand Prix) en 2010.

Résumé :

Le quattro volte n’est pas un film de fiction,il serait à classer dans la catégorie “nouveaux documentaires”, qui apportent bien plus qu’une information sur un évènement historique ou une activité humaine ou encore un reportage sur les problèmes de notre temps. Le film prend pour cadre la Calabre, terre lointaine du sud de l’Italie, région pauvre, où l’on pratique une technique très ancienne pour fabriquer du charbon de bois. Le film commence dans la fumée de la charbonnière, on se croirait au coeur d’une sulfatare. L’air semble irrespirable. Puis, la caméra s’éloigne…

Analyse :

Du rebord d’un grand plateau émerge un troupeau de chèvres. Il rentre au bercail et le berger, essoufflé, s’arrête un moment au bord du chemin. Plus tard, dans un nouveau long plan fixe, une rue de village et un enclos, à gauche de l’image où se trouvent les chèvres. L’homme apparaît de nouveau, il tousse, sa démarche est lourde, son dos voûté. Un chevreau blanc, suivi depuis sa naissance (magnifique et émouvant plan-séquence) nous amènera près d’un arbre immense de la forêt proche. Lors d’une fête au village, il sera abattu pour faire un mât de cocagne, un grimpeur courageux montera à la cime. Puis, le mât sera mis à terre, débité par les bûcherons et vendu aux charbonniers… Pas de mots prononcés, seul le silence plein des sons du monde animal, de la nature, et de la présence humaine qui s’exprime par le souffle difficile du pasteur, et les travaux et les fêtes des villageois. Reçu ainsi, au premier degré, le film est d’un abord difficile, énigmatique. On s’interroge sur le lien entre les parties. Les commentaires du jeune cinéaste, lors d’une interview, nous éclairent sur le sens recherché. Le monde terrestre est le monde de quatre règnes: les pasteurs, le règne humain; les chèvres, le règne animal; l’arbre, le règne végétal; le charbon de bois, le minéral. L’inspiration des « quatre fois » vient d’une citation de Pythagore: Nous avons en nous quatre vies qui s’emboîtent les unes dans les autres. Mais, il y a plus dans ce film peu commun, c’est la transmigration, thème cher à l’école pythagoricienne (appelé aussi métempsychose). La mort du berger, son âme « transmigre » dans le chevreau. Le chevreau meurt près de l’arbre, transmigration dans le sapin. Et ainsi de suite ! On le comprend : on est loin d’un simple documentaire sur les charbonnières de Calabre.

(Alain Le Goanvic)