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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le ruban blanc (Das weisse Band)

(Allemagne, Autriche, France 2009 ; durée, 2H24)
(Palme d’or et Mention spéciale du jury œcuménique à Cannes 2009)

Réalisation : et scénario : Michael Haneke - Image : Christian Berger - Montage : Monika Willi - Son : Guillaume Sciama, Jean-Pierre Laforce - Prod. : X filme creative pool GBMH, Wega film, Films du losange - Distr. : Les films du losange.
Interprétation : Christian Friedel (l’instituteur), Leonie Benesch (Eva), Ulrich Tukur (le baron), Ursina Landi (la baronne), Burghart Klaussner (le pasteur), Josef Bierbichier (le régisseur), Susanne Lothar (la sage-femme)
Auteur :

Autrichien, né en 1942 et fils de pasteur, Michael Haneke est incontestablement un cinéaste contemporain important qui donne du monde une image angoissante, souvent terrifiante. On est ainsi rarement allé aussi loin dans la description de la violence que dans Benny’s Video (1992) ou dans Funny Games (1997). Si Code inconnu (2000) s’éloigne de cette violence pure en se centrant sur la difficulté à communiquer, La pianiste (2001) et Le temps du loup (2003) sont de nouveau marqués par un climat lourd et oppressant. Mais cette obsession à décrire la violence n’est pas de la complaisance. Les mots de dénonciation et de mise en garde conviennent davantage à cette œuvre tout entière vouée au démontage des rouages du mal. Le jury œcuménique de Cannes ne s’y est pas trompé, qui a distingué plusieurs fois des films de Michael Haneke : Code inconnu en 2000, Caché en 2005, et Le ruban blancen 2009.

Résumé :

Un petit village protestant d’Allemagne du Nord en 1913. Il s’y déroule des faits étranges : un médecin fait une chute cheval provoquée par une corde tendue au travers d’une route ; une paysanne est victime d’un accident mortel ; une grange est incendiée ; un jeune handicapé est kidnappé et retrouvé bastonné. Mais l’enquête tourne en rond, alimentée par des indices qui distillent des soupçons sans apporter de preuves.

Analyse :

Michael Haneke a quelque chose du guetteur. Film après film, il prévient de l’arrivée de la nuit. Cette nuit dans les profondeurs de laquelle se dissimule le mal, invisible, anonyme, enfoui comme un œuf de serpent dans la terre de l’histoire. Un œuf dont on a oublié l’origine lorsqu’il éclot. Ainsi, dans Caché, ce sont de mystérieuses cassettes video qui ramènent le héros à ses souvenirs d’enfance refoulés, source du mal. Et l’on retrouve un propos similaire sur l’origine effacée du dérèglement du monde aussi bien dans Le temps du loup que dans Funny Games.
Ici, le nid de vipères est un petit village puritain de la Prusse, peu de temps avant la Première guerre mondiale. Un village où règne une loi morale écrasante, associée à une panoplie de châtiments sadiques que mettent en oeuvre des fous d’autorité. Plus que tout autre, le pasteur est le modèle de cette barbarie à fonction rédemptrice : après avoir violemment corrigé ses enfants, il leur fait porter un ruban blanc qu’ils devront conserver jusqu’au moment où ils auront retrouvé leur pureté. Et pourtant, malgré (ou plutôt à cause de) cette vigilance à prévenir et à sanctionner, le mal est là, se manifestant à travers les actes criminels évoqués plus haut. Des actes dont, comme toujours chez Michael Haneke, les auteurs resteront mystérieux. Avec toutefois un soupçon terrifiant : si les coupables étaient les enfants du village ? Ces enfants d’une société dont le rigorisme engendre les maux mêmes qu’elle prétend combattre.
Etranges enfants aux cheveux blonds et aux yeux clairs. Leur apparence inquiétante, dont l’effet glaçant est encore accentué par l’extraordinaire noir et blanc de la photographie de Christian Berger, leur donne l’air d’appartenir à une essence inconnue. Sortes de mutants rappelant les enfants du Village des damnésde Wolf Rillä, ils annoncent la venue d’un ordre nouveau qui viendra prendre la place de celui où ils ont grandi. Ce n’est bien sûr pas un hasard : cette génération est celle qui, vingt ans plus tard, portera Hitler au pouvoir. Mais la force du film de Michael Haneke réside dans sa capacité à dépasser la simple inscription historique pour apparaître comme une impressionnante parabole valable pour toutes les barbaries.

(Jean Lods)