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Cinéma

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Le voyage du directeur des ressources humaines

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Réalisation : Eran RIKLIS – Co-scénariste : Noah SOLMAN, d’aprés un roman de A.B. YEHOSHUA. Image : Rainer KLAUSSMAN – Musique : Cyril MORIN
Interprétation : le D.R.H : Mark IVANIR- La « fouine » : Guri ALFI- le garçon : Noah SILVER- la consule : Rozina CAMBOS.
Auteur :

Le réalisateur israélien ERAN RIKLIS, né à Jérusalem en 1954, a signé de très nombreux téléfilms et spots-publicitaires avant de se faire connaître avec Zohar en 1993.Il atteint une renommée internationale avec La Fiancée syrienne en 2004 (Grand Prix, Prix Œcuménique et Fipresci au Festival de Montréal) et plus encore avec Les Citronniers en 2008 au Festival de Locarno.

Résumé :

Une grande boulangerie industrielle de Jérusalem est accusée par un journaliste d’avoir fait montre d’inhumanité vis à vis d’une de ses employées immigrées d’origine roumaine morte dans un attentat. La directrice de l’entreprise se voit obligée de régler dignement les obsèques de la malheureuse Yulia et charge son Chef du personnel d’aller s’il le faut jusqu’à son village maternel. Le D.R.H. en question, qui est en instance de divorce et ne supporte plus son travail, va devoir contre son gré et flanqué du journaliste opiniâtre, progressivement , à travers toutes sortes d’incidents tragi-comiques, accomplir ce long périple dans les neiges de Transylvanie. L’épilogue de ce road-movie épuisant est inattendu. Mais son enseignement est clair : en transportant entre 4 planches cette inconnue, notre homme mal dans sa peau au départ aura eu largement le temps d’en découvrir la triste vie et sans doute d’apprendre ce que signifie : s’occuper des ressources humaines !

Analyse :

La Fiancée syrienne était une jeune femme druze obligée d’entrer dans un village du Golan occupé par les Israéliens pour épouser son promis ; Les Citronniers montraient une veuve palestinienne d’un village-frontière de Cisjordanie obligée de décimer son oliveraie pour rassurer un ministre israélien son voisin. C’est encore une femme que raconte Riklis , aussi solitaire et victime du contexte israélien, mais cette fois absente du casting puisque morte avant le début du film. C’est en quelque sorte son corps encombrant qui « fait » le film : celui d’une étrangère, ingénieure dans son pays , mais qui a opté pour une condition d ’ « immigrée » en Israël rêvant sans doute de cette Terre Sainte qui ne lui aura offert qu’une place de balayeuse. A cette sévère critique de l’inhospitalité de la société israélienne, Riklis ajoute une méditation , plus universelle, sur le problème des frontières déjà abordé dans ses œuvres précédentes mais ici élargi à plusieurs domaines. Frontières géographique, linguistique, sociale, mais également religieuse avec cette étrange décision pour la jeune chrétienne-orthodoxe d’aller loin de ses traditions s’installer dans le quartier ultra-juif de Jérusalem. C’est tout au long de ce rêve que le DRH va devoir remonter jusqu’à son origine. Et c’est la richesse de ce rêve et la qualité humaine de cette femme qui va lui redonner le gout de vivre et le respect des gens qu’il rencontre. Une véritable tendresse va du reste peu à peu gagner tous les protagonistes, y compris le journaliste « fouine » initiateur de l’affaire, mais aussi le fils de Yulia, « tête brulée » au départ redécouvrant l’amour de sa mère et les gestes de la foi. Le vrai sujet du film, déclarait Riklis dans le dossier de Presse, c’est la quête de notre propre humanité et notre regard sur elle. Il déclare aussi (interview donné au Festival du Cinéma méditerranéen de Montpellier) : L’honnêteté est payante... le Cinéma n’a pas à jouer les prophètes mais à montrer la Vérité.

(Jean Domon)