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Cinéma

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Les chats persans

(Iran - 2009 - 1h41)

Réalisation : Bahman Ghobadi - Scénario et dialogues : Bahman Ghobadi, Roxana Saberi, Hossein M. Abkenar - Dir. Photo: Turaj Aslani - Montage : Hayedeh Safirayi - Son: Nezamodin Kiaie - Production : Mij-Film - Distribution : Mars Distribution
Interprétation : Nedar Shaghaghi (Negar), Askhan Koshanejad (Askhan), Hamed Behdad (Nader)
Auteur :

De nationalité iranienne et d’origine kurde, Bahman Ghobadi a réalisé ses quatre premiers longs métrages au Kurdistan, dont Un temps pour l’ivresse des chevaux (2000) et Les tortues volent aussi (2004). Avec Les chats persans , il radicalise son opposition au régime en place qui l’avait frappé d’interdiction de filmer. Le film a obtenu le Prix Spécial d’« Un certain regard » à Cannes 2009.

Résumé :

À leur sortie de prison, une jeune femme, Negar et un jeune homme Askhan, musiciens décident de monter un groupe pour un concert d’une soirée. Ils parcourent Téhéran à la rencontre d’autres musiciens underground. Ils rêvent de sortir de la clandestinité et de jouer en Europe, mais que faire sans argent et sans passeport ?

Analyse :

Certains films coïncident parfaitement avec la réalité du moment, en sont comme la préfiguration et la représentation emblématiques. Ainsi, Les chats persans dans lequel il y a complète adéquation avec les évènements politiques en Iran depuis 6 mois, où l’opposition se manifeste dans un climat de violence aux tenants du régime islamique. Seules des images filmées avec des portables nous permettent sur le Net d’avoir une idée de la situation. Ghobadi nous livre une oeuvre exemplaire et extraordinaire qui rend compte de l’oppression des mollahs au pouvoir, au travers de la musique underground jouée avec passion et détermination par des groupes de jeunes qui veulent réaliser un concert indie rock à Téhéran. Grâce à un montage audacieux et au rythme musical, le film déroule en images fortes, les démarches de Negar et Askhan pour obtenir l’autorisation de faire leur concert, et les tentatives pour se procurer de faux passeports et visas afin de gagner l’Angleterre. Hymne à la musique, à la jeunesse, à l’énergie et à la vie, le film est rythmé aux sons de chansons et d’improvisations musicales où se mélangent sonorités occidentales et mélopées orientales. Les vues de Téhéran, « la ville où tout ce que l’on voit provoque », témoignent de l’attachement farouche du cinéaste à son pays et de son indignation devant la pauvreté, la misère qui se montrent partout dans les rues. Les images tournées dans la clandestinité sont comme volées à l’emprise de la dictature pour être montrées au monde. L’ovation du public de la Sélection « Un Certain Regard » à Cannes portait à son comble l’émotion ressentie pendant toute la durée du film. Je rejoins Ghobadi quand il dit qu’il a voulu « communiquer au spectateur l’ivresse qu’il ressentait pendant le tournage ». Musiciens, chanteurs et acteurs sont excellents, en particulier celui qui incarne avec truculence le personnage de Nader, qui remue ciel et terre pour aider les deux jeunes à organiser leur concert et à obtenir leurs papiers. Et quand s’abat la répression, et ses conséquences sur les trois personnages de l’histoire, nous sommes au bord des larmes ! Ce film nous met en immersion dans le monde d’une jeunesse révoltée qui clame son désir de liberté par et avec la musique. Difficile de ne pas être ému !

(Alain Le Goanvic)