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Cinéma

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LES INVITÉS DE MON PÈRE

(France - 2010 - 1h35)

Réalisation : Anne Le Ny - Scénario : Anne Le Ny, Luc Béraud - Photo : Patrick Blossier - Montage : Francine Sandberg - Musique : Béatrice Thiriet – Son : Béatrice Wick, Cédric Lionnet, Éric Devulder - Production : MoveMovie, TF1 International, France2Cinéma - Distribution : UGC
Interprétation : Fabrice Luchini (Arnaud), Karin Viard (Babette), Michel Aumont (Lucien Paumelle) Veronika Novak (Tatiana)), Valérie Benguigi (Karine
Auteur :

Anne Le Ny a d'abord été actrice (Le goût des autres, Mon meilleur ami) puis réalisatrice de Ceux qui restent. Ce premier long-métrage sorti en 2006, décrivait une histoire d’amour assez poignante entre deux conjoints de cancéreux. Les invités de mon père est son deuxième long -métrage.

Résumé :

Lucien Paumelle, médecin retraité, est un homme d’action aux fortes convictions humanitaires. Son engagement le conduit jusqu’au mariage blanc avec une jeune femme moldave, Tatiana, pour lui éviter l’expulsion. Mais cela n’est pas du goût des enfants Babette et Arnaud, dont la vie est sérieusement dérangée par la présence de Tatiana et de sa fille dans la vie du père.

Analyse :

Sur le registre de la comédie, Anne Le Ny nous brosse un portrait plutôt corrosif d’une certaine société française, dans la catégorie « nouveaux riches » plutôt que « petit-bourgeois » comme le définit Arnaud, le fils de Lucien. Sur le registre de l’immigration, on peut dire que le film nous apporte quelques informations sur les réactions d’une famille plutôt évoluée, en tout cas désireuse de faire du bien vis-à-vis des sans papiers. Ce n’est pas un cours sur comment faire avec des sans papiers, mais l’atmosphère générale est bien dépeinte : la dureté réglementaire, la menace sur les gens qui « aident » les clandestins, et même la délation… Film dénotant une certaine ambiance franco-française : entre bons sentiments et indifférence, voire hostilité latente ou déclarée (c’est Karine la belle fille qui l’incarnera). Les personnages centraux du film sont en fait le fils et la fille, et non Tatiana, l’immigrée, trop belle femme et de fait soupçonnée d’exploiter le vieux Monsieur Lucien. Le vrai sujet est en fait la description des changements qui s’opèrent chez Arnaud et plus encore Babette, manifestement la préférée du père. Tous deux sont menacés d’être déshérités ! Ils en perdent leurs repères moraux. Tatiana, révélatrice malgré elle des névroses familiales, ne suscite pourtant pas beaucoup de sympathie de notre part. Le portrait donné de Tatiana, qui obtient un mariage « blanc » avec Lucien, est celui d’une immigrée déterminée à donner à sa fille les moyens de s’en sortir par les études. Les professeurs sont confiants à ce sujet. Politique intelligente car c’est la fille qui a plus de chances qu'elle-même de s’intégrer à la vie française. Ce qui frappe dans le personnage, c’est sa dureté apparente, et on ne sait rien de l’état de la relation entre elle et Lucien, car entre eux il n'y a pas de scène d’intimité.
La fin du film est dure. Le retour à la réalité pour Lucien (les lois actuelles sur l’immigration) interdit le happy end...

(Alain Le Goanvic)