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Cinéma

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Les secrets

(Tunisie/ France - 2009 - 1H31)

Réalisation : et scénario : Raja Amari - Image : Renato Berta - Musique : Philippe Héritier, Erik Rug - Décors : Kais Rostom - Montage : Pauline Dairou - Production. : Dora Bouchoucha, Nicolas Wadimoff, Serge Lalou - Distribution : Sphie Dulac.
Interprétation : Hafsia Herzi (Aïcha), Soundos Belhassen (Radhia),  Wassila Dari (La mère), Dhafer L’Abidine (Ali)
Auteur :

Raja Amari est  tunisienne. Après des études de littérature française et de civilisation à l’Université de Tunis, elle part étudier à Paris et obtient en 1998 le diplôme de la Femis, option scénario. Elle réalise deux courts métrages reconnus dans les festivals (Avril en 1998 et Un soir de juillet en 2001). Elle se lance ensuite dans le long métrage. Ce sera d'abord Satin rouge (2002) qui, sur le thème de l’émancipation féminine, trace un superbe portrait de femme tunisienne puis en 2009 Les secrets..

Résumé :

Dans un parc isolé, une grande maison abandonnée. A l’intérieur, trois femmes, recluses, vivant dans l’ombre. L’une, très jeune, s’appelle Aïcha, Belle au bois dormant de ce palais. Les deux autres sont les dragons qui la gardent, l’empêchent de sortir de l’enfance : sa mère, déjà âgée, sa sœur, Radhia, la quarantaine.

Un jour, un jeune couple arrive et s’installe dans la maison. Elle s’appelle Selma, lui, Ali. Depuis l’ombre où elle vit, Aïcha va sans fin les épier, papillon qu’attire la lumière. Mais, entrée par mégarde dans le domaine des recluses, Selma sera capturée, gardée prisonnière. Alors commencera un face à face à quatre, qui aura pour effet d’ouvrir la boite de Pandore des secrets dont l’insoutenable libération conduira à la folie et à la mort.

Analyse :

Qu’on se garde de ranger le film de Raja Amari sur l’étagère de ceux consacrés à la femme maghrébine, victime d’une société archaïque, patriarcale, répressive etc. Il s’agit un peu de cela, mais surtout d’autres choses dans cette œuvre inclassable qui, sur fond de claustration et de repli autour d’un passé mortifère, parle de liberté bridée, de désirs bâillonnés, et de secrets enterrés. Et qui, au plan de la forme, sinuant entre réalisme et onirisme, mène à quelque chose qui tient du thriller psychologique et du conte cruel.  Un conte noir comme les abysses de l’âme. Rouge comme les explosions de la folie ou comme le sang de la tragédie. Par son utilisation expressionniste des lieux, par l’opposition qu’elle crée entre deux mondes, celui de la lumière et de la vie, celui de l’ombre et de la mort, Raja Amari rend admirablement compte de la tension qui écartèle Aïcha, aspirée vers l’extérieur par son désir de vivre et retenue comme par un pavé dans la vase de son histoire. Sans doute, dans son souci de tout signifier par l’image, la réalisatrice succombe-t-elle parfois au simplisme. Sans doute aussi, dans son choix audacieux de mêler conte et réalisme, n’évite-t-elle pas toujours le reproche d’invraisemblance. Mais peu importe, finalement. Son entreprise ambitieuse est plus passionnante que bien des films trop léchés et ennuyeux à force d’être sans risques.

(Jean Lods)