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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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LIBERTE

(France - 2009 - 1 H 50)

Réalisation : Tony Gatlif - Scenario : Tony Gatlif - Directeur de la Photo : Julien Hirsch
Interprétation : Marc Lavoine ( Théodore) - Marie-José Croze (Mademoiselle Lundi) - James Thierrey (Taloche) - Carlo Brandt (Monsieur Pentecote) - P’tit Claude - Rufus
Auteur :

Tony Gatlif, né à Alger en 1948 d’un père kabyle et d’une mère gitane, émigre en France en 1960. Gamin des rues à Belcourt, puis jeune délinquant à Marseille il tirera de son passage en maisons de redressement son premier scénario : La tête en ruine . La rencontre de Michel Simon le lance dans la création d’oeuvres marquées par la passion de la musique et l’amour du peuple tzigane auquel il a consacré plusieurs titres dont Les Princes, Latcho Drom, Gadjo Dilo mais que l’on rencontre aussi dans Vingo, Exils etc..

Résumé :

Un groupe de Roms circulant pendant la dernière guerre en zone occupée recueille un enfant abandonné et se heurte à la chasse aux nomades et étrangers orchestrée par les gendarmes français avec le concours des soldats allemands. Contraints à la sédentarisation, le maire du village et l’institutrice vont leur trouver un logement. Ce qui ne les mettra pas à l’abri d’une rafle à la destination des camps aménagés pour les tziganes et les juifs. La solidarité des gadjés les en arracheront et leur permettra de reprendre la route.

Analyse :

Il était bon qu’un jour ce chantre exceptionnel de l’âme tzigane évoque enfin le drame trop méconnu de l’extermination d’un demi-million des « gens du voyage » que les nazis considéraient comme nuisibles au même titre que les juifs ou les homosexuels. Bien que les ressortissants français aient été relativement épargnés, Gatlif mit longtemps à oser donner la parole à ses frères qui gardaient le silence sur le sujet. Il l’a fait avec pudeur, humour et délicatesse. A partir de faits réels il accompagne cette famille dans ses déplacements et ses campements, ses mœurs et ses rites. Au racisme des uns s’oppose la solidarité de ces « gadjés » qui les accueillent et les arrachent à la mort. Ainsi le drame est-il évoqué avec émotion mais sans lourdeur à travers des images aussi suggestives que ces barbelés « musicaux » barrant les sinistres baraques du générique, ou plus loin cette montre juive abandonnée sur la voie ferrée . Mais, comme s’il ne fallait pas s’appesantir sur ces souffrances, la musique rythme tout au long de l’histoire le cœur d’un peuple fier et sensible, tendre et brutal à la fois, fou de musique, d’air pur et de liberté, possédé par une force animale dont la figure emblématique est volontairement poussée à l’excès à travers l’interprétation étonnante de James Thierrey (qui en fait n’en est pas un, contrairement à tous les autres)! Bel exemple d’une identité bien particulière que « ces gens-là » qui redoutent les murs où se terrent les fantômes et reprennent la route dans un nuage de cendres légères !

(Jean Domon)