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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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MAMMUTH

(France - 2010 - 1h32)

Réalisation : Benoît Delépine, Gustave Kerven - Directeur de la photographie : Hughes Poulain - Monteur : Stéphane Elmadjian
Interprétation : Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle Adjani, Benoit Poelvoorde, Anna Mouglalis, Miss Ming ....
Auteur :

Benoît Delépine est né le 30.08 1958. Gustave Kerven est né le 27.08 1962. Tous deux ont fait des études de commerce avant de bifurquer vers la télévision. Ils font partie de l'équipe de Groland, sur Canal +, à l'humour déjanté. Une rencontre avec Maurice Pialat les encourage à se lancer dans le cinéma. Ils réaliseront successivement Aaltra (2004), Avida (2006) puis Louise Michel (2008) qui assurera leur premier vrai succès.

Résumé :

Serge Pilardosse vient d'avoir 60 ans. Il travaille depuis l'âge de 16 ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l'heure de la retraite a sonné, et c'est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublié de le déclarer ! Poussé par Catherine, sa femme, il enfourche sa vieille moto des années 70, une « Mammuth » qui lui vaut son surnom, et part à la recherche de ses bulletins de salaires. Durant son périple, il retrouve son passé et sa quête de documents administratifs devient bientôt accessoire…

Analyse :

Ce film comporte un grand nombre d'ingrédients qui pourraient l'apparenter à une critique sociale : la quête d'un homme simple, qui a travaillé toute sa vie mais bien souvent pour des employeurs indélicats, et veut récupérer les attestations qui lui manquent, ce qui sera l'occasion de retracer les étapes de son existence. Mais les rencontres qu'il fait à l'occasion de cette quête manquent particulièrement de chaleur humaine. Soit il se fait refouler, soit il se fait voler, soit il se fait humilier. Ce qui domine ce film c'est donc la vision d'une humanité hostile et sans compassion, dont les travers sont montrés à travers des scènes comiques certes, voire burlesques, auxquelles le héros semble assister avec une sorte d'indifférence, dans une espèce d'hébétude. La seule personne qui l'accueille positivement est sa nièce, simplette mais poète, qui finira par lui faire changer son point de vue sur la vie et l'amener à accepter d'aimer. Car c'est un second aspect de ce film : le voyage de Serge est l'occasion de voir ressurgir le souvenir d'une romance ancienne terminée tragiquement. Des images du passé, des sons aussi, vont revenir. Et c'est pour oublier qu'il s'était jeté à corps perdu dans le travail, l'arrivée à la retraite ne pouvant être alors pour lui que l'occasion de retour du refoulé.
Fallait-il insérer ces propos dans un univers aussi minable ? Pourquoi fallait-il ne présenter que des personnages ou laids, ou vulgaires, ou désabusés, ou hostiles. La satire sociale implique-t-elle de ridiculiser ces hommes et ces femmes pris dans une spirale de pauvreté matérielle et culturelle ? Gérard Depardieu, dont la corpulence s'aggrave, en rajoute dans le laisser-aller corporel. Et pourquoi mettre au service de cet univers des images également médiocres.... Si l'on comprend l'usage du flou lorsqu'on entre dans la sphère des souvenirs cela ne s'imposait pas pour le reste de la narration. Et que dire des couleurs criardes !
Et pourtant il y a de bonnes idées. Certaines scènes sont comme des sketches autonomes, très réussis : la "fête" du départ à la retraite, Yolande Moreau aux prises avec une boite vocale au téléphone, Serge et sa nièce naviguant sur la mer dans une coque de piscine.... D'autres scènes sont empreintes d'une vraie nostalgie : l'arrivée à la "buvette", délabrée et abandonnée, qui s'accompagne de bruits de conversations enjouées, celles du passé vécu là, le bouquet de fleurs déposé sur le lieu de l'accident ancien....
C'est Yolande Moreau qui s'en tire le mieux dans cette affaire : pleine de naturel et sans trop en faire, elle est tout à fait crédible. Gérard Depardieu lui l'est beaucoup moins.

(Maguy Chailley)