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Cinéma

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Miel (Bal)

(Turquie/Allemagne - 2010 - 1H43)

Réalisation : Semih Kaplanoglu - Scénario : Semih Kaplanoglu, Orçun Köksal. - Image : Baris Özbiçer - Son : Matthias Haeb - Montage : Ayhan Ergürsel, Semih Kaplanoglu, Orçun Köksai - Production : Kaplan Film Production, Heitmatfilm. Distribution : Bodega Films.
Interprétation : Bora Atlas (Yusuf), Erdal Besikcioglu (Yakup),Tülin özen (la mère de Yusuf)
Auteur :

Cinéaste turc né en 1963, Semih Kaplanoglu est diplômé en cinéma et télévision de l’Université d’Izmir en 1984. Après une activité de journaliste (art et cinéma), il se lance dans la réalisation. Il signe son premier long métrage, Away from home, en 2000, film qui sera remarqué dans de nombreux festivals. Il en sera de même pour son œuvre suivante, La chute de l’ange (2004) qui sera primé aussi bien à Nantes qu’à Barcelone et à Istanbul. Il a depuis entrepris la réalisation d’une trilogie (l’histoire de Yusuf), constituée par Yumurta (l’œuf), Süt (Lait), Bal (Miel). Ce dernier film a obtenu l’Ours d’or au Festival de Berlin 2010.

Résumé :

Rien de plus modeste que le sujet de Miel : quelques jours dans la vie de Yusuf, petit garçon de six ans dont l’existence se déroule dans un village d’Anatolie. Quelques jours dont le fil circule de l’un à l’autre des lieux familiers de l’enfant (la maison, l’école, la rivière, la forêt) et s’attarde avant tout sur le personnage central de sa vie : son père, Yakup, un apiculteur. Mais quelques jours au cours desquels la vie de Yusuf va basculer. Car les abeilles se font rares, ces abeilles qui édifient leurs rayons de miel au sommet d’arbres immenses. Et Yakup doit aller toujours plus loin pour construire ses ruches. Un jour, il ne revient pas. Commence l’attente, puis l’inquiétude, puis l’angoisse. Arrive enfin la nouvelle redoutée…

Analyse :

Nouvelle pressentie depuis le prologue qui annonce le drame avant le générique : une branche casse, Yakup reste suspendu. Cette suspension, ce « non-encore-dit » sont comme le silence de fond du film, l’atmosphère qui l’imprègne. Une façon de dire : plus rien ne sera comme avant. Que cette histoire soit largement d’inspiration autobiographique est certain. Cette conscience aiguë du prix des instants qui ont disparu à jamais, fait avant tout de Miel un récit sur le « temps retrouvé ». Un temps retrouvé dont Semih Kaplanoglu ressuscite admirablement la magie, que ce soit dans la bouleversante relation entre le père et son fils, dans les scènes d’école où la justesse quasi-documentaire n’est pas sans faire penser à Etre et avoir, dans le relief que prend soudain un passage de brume sur la forêt, la blancheur immobile d’une mule entre les arbres, le vol d’un épervier dans le sous-bois, ou la voix d’une petite fille accoudée à une fenêtre et lisant un poème de Rimbaud.
Il est de beaux films. Mais il en est qui, sans scénario en mirliton ni mise en scène à l’estomac, vous touchent comme d’une baguette magique et vous transportent. Appelons ça grâce, ou miracle. Ainsi de celui-ci. Un petit miracle. Peut-être parce qu’au lieu de briller comme un astre, il rougeoie comme un feu de sarments, qu’au lieu de parler fort, il murmure, qu’au lieu d’imposer, il suggère, qu’au lieu de dire, il laisse le cœur résonner. Et qu’ainsi peu à peu il vous capture et vous entraîne vers un territoire lointain, un paradis perdu cadenassé par le temps et l’oubli : l’enfance. Avec ce que celle-ci comporte parfois d’infiniment douloureux.

(Jean Lods)