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Cinéma

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NO ET MOI

(France - 2010 - 1h45)

Réalisation : Zabou Breitman - Scénario : Zabou Breitman et Agnès de Sacy, d'après le roman de Delphine de Vigan
Interprétation : Nina Rodriguez (Lou) - Julie-Marie Parmentier (No) - Zabou Breitman (la mère) - Bernard Campan (le père) - Antonin Chalon (Lucas) - Grégoire Bonnet (Mr Vargas) - Guilaine Londez (la tante)
Auteur :

Zabou Breitman, née à Paris en 1959, est actrice, scénariste, réalisatrice et metteur en scène. Élève du cours Simon, elle fut une des animatrices de l'émission Récré A2 dans les années 1980. Elle a tourné comme actrice dans de nombreux films et de nombreuses pièces de théâtre. Comme réalisatrice, elle s'est fait connaître avec Se souvenir des belles choses (2001) qui obtiendra 3 césars. Elle réalise ensuite L'homme de sa vie" (2006), Je l'aimais (2008). No et moi est son quatrième long-métrage.

Résumé :

Lou, lycéenne "intellectuellement précoce", choisit de faire un exposé sur les SDF et, pour cela, entre en contact avec No, qu'elle a rencontrée à la gare d'Austerlitz. No a 18 ans et vit la galère des SDF. Les deux adolescentes se lient d'amitié et Lou cherche à aider No.

Analyse :

Il ne s'agit pas d'une fiction-documentaire sur le monde des sans abris, bien que cet univers soit présent en arrière-plan, de bout en bout. Le titre est clair : le film est centré sur une relation, celle que noue Lou avec No. Et plus précisément encore, centré sur l'évolution psychologique de Lou à travers cette relation dans laquelle elle s'investit énormément, pour échapper au mal être qu'elle ressent dans sa famille. Film psychologique donc, sur les interrogations de l'adolescence, sur les incertitudes affectives de cet âge de la vie. L'habileté du scénario, en cela très fidèle au roman de Delphine de Vigan, est de ne pas caricaturer le monde des adultes (les parents de Lou, le professeur) qui, face aux questions et aux désirs de Lou, s'efforcent de ne pas dramatiser et d'essayer de la suivre dans son cheminement, tout empêtrés qu'ils sont dans leurs propres problèmes. C'est à travers le regard et la pensée intérieure de Lou (intervenant régulièrement en voix-off) que tout cela nous apparaît. Nous ne pénétrons dans l'univers mental de No que par cet intermédiaire, ce qui nous la rend mystérieuse jusqu'au bout, malgré son attitude très extériorisée, théâtralisée pourrait-on dire. C'est plus son silence et son regard, à travers la vitre de la salle d'attente de la gare, lorsque s'achève le film, qui nous conduisent à imaginer son débat intérieur. On peut comprendre que son choix, quitter Lou, est comme un don en retour de tout ce que Lou et sa famille lui ont donné. Du monde de l'adolescence, nous avons aussi un autre exemple intéressant, celui de Lucas, élève insolent et perturbateur, livré à lui-même par des parents absents. Il saura, plus vite que Lou, prendre la mesure de leur impuissance face à la dérive de No.
La fidélité au déroulement chronologique du roman n'exclut pas de nombreuses coupes dans la pensée intérieure de Lou mais il aurait été extrêmement périlleux et lourd de nous la faire entendre trop souvent en voix-off. Beaucoup de choses sont donc simplement suggérées par les expressions du visage ou les comportements, à travers le jeu tout en finesse et discrétion de l'actrice Nina Rodriguez.

(Maguy Chailley)