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Cinéma

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Nostalgie de la Lumière

(Espagne / Allemagne / Chili / France - 1h30 - 2010)

Réalisation : Patricio Guzman – Scénario : Patricio Guzman – Directeur de la photographie : Katell Djian– Assistant réalisateur : Cristobal Vicente - Compositeurs : Miranda et Tobar – Monteur : Patricio Guzman – Monteur son et mixage : Jacques Quinet – Production : Cristobal Vicente, Meike Martens, Veronica Rosselot, Renate Sachse. Distribution : Pyramide Distribution.
Interprétation :
Auteur :

Patricio Guzman est né en 1941 à Santiago du Chili. Il étudie à l'Ecole de l'Art cinématographique de Madrid de 1966 à 1969. Exilé en France après le coup d'Etat il signe sa première oeuvre internationalement reconnue, consacrée à l'histoire immédiate de son pays : La Bataille du Chili, trilogie de 5 heures en collaboration avec Chris Marker, terminée en 1979. Il confirmera sa démarche documentaire essentiellement historique et politique avec Chili, la mémoire obstinée en 1996, Le cas Pinochet en 2001 et Salvador Allende (2004). Nostalgie de la Lumière est le troisième film qu'il présente au Festival de Cannes.

Analyse :

Depuis qu'il est enfant Patricio Guzman est attiré par l'astronomie et par le désert d'Atacama, seule tâche brune visible de l'espace, tant l'air y est sec et pur à trois mille mètres d'altitude. C'est en voix off qu'il nous livre son commentaire, nous ouvrant les portes du plus grand site international de l'astronomie où la technologie a rendez-vous avec la science. Plusieurs personnages vont se croiser dans leurs recherches : l'astronome qui cherche l'origine de l'Homme et de la planète, l'archéologue qui étudie les gravures rupestres et les corps d'indiens momifiés par la sècheresse, l'architecte rescapé du camp de concentration établi par Pinochet sur un ancien campement de mineurs du XIXe siècle. Il dessine encore de mémoire les plans de sa prison, où un docteur donnait des cours d'astronomie, la nuit, aux prisonniers. Cela leur donnait une forme de liberté. Nous entendons aussi la nouvelle génération : le jeune de 23 ans né en Allemagne, fils d'exilée, travaille grâce à sa mère dans les télescopes, la jeune femme, fille de disparus élevée par ses grands-parents donne un sens à sa vie en travaillant aussi pour les étoiles, attentive à son enfant qui connaîtra sa mère. Et puis il y a les femmes de Calama, chercheuses d'ossements de leurs proches disparus, éparpillés dans le désert. Elles sont de moins en moins nombreuses aujourd'hui. A la fin, les femmes sont invitées par l'astronome dans l'observatoire et disent : « Si les télescopes pouvaient regarder aussi dans la terre pour chercher des corps...! »

Résumé :

Presque tous les films de Patricio Guzman ont pour thème le Chili et la tragique histoire de son peuple meurtri par la dictature. Sa tâche est de nous faire connaître et comprendre ce destin mais aussi de permettre aux Chiliens de l'accepter et de dépasser le traumatisme. Ce film-là veut réconcilier le passé et la mémoire de ce bout d'humanité en mettant en miroir les traces que laisse le désert et la réalité cosmique. Les étoiles nous apprennent à relativiser le temps présent qui n'est, en fait, que du passé à l'échelle de la vitesse de la lumière. On a trouvé du calcium dans les traces relevées sur un graphique étudiant les étoiles. Difficile de ne pas penser aux petits morceaux d'os retrouvés dans le désert. On comprend mieux l'étrange sérénité de la nouvelle génération, tournée vers l'avenir de la recherche dans les hauteurs célestes pour conjurer la bassesse humaine. Servi par une très belle page musicale et une certaine harmonie entre les vues désertiques et les images de constellations, la poésie de ce film va plus loin que le documentaire en nous inspirant un brin de philosophie métaphysique.

(Arielle Domon)