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Cinéma

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Oncle Boonmee.Celui qui se souvient de ses vies antérieures

(Thaïlande – 2010 – 1h53) Palme d'Or au Festival de Cannes 2010

Réalisation : Apichaptong Weerasethakul - Scénario : Apichaptong Weerasethakul - Images : Charin Pengpanich, Sayombhu Mukdeeprom et Yukontorn Mingmongkon - Montage : Lee Chatametikool - Son : Akritchalerm Kalayanamitr et Koichi Shimizu - Production : Kick the Machine Films et Illuminations Films Past Lives – Distribution : Pyramide
Interprétation : Thanapat Saisaymar (Boonmee), Jenjira Pongpas (Jen), Sadka Kaewbuadee (Tong), Natthakarn Aphaiwonk (Huay)
Auteur :

Né en 1970, Apichaptong Weerasethakul a grandi dans le nord-est de la Thaïlande, où ses parents étaient médecins, au milieu de la jungle qui l’a fortement influencé. Il a commencé à réaliser des courts métrages dès 1993. Il étudie ensuite aux Etats-Unis à l'Art Institute de Chicago. A partir de 2000, il réalise trois longs métrages qui le révèlent à la critique internationale : à Cannes, Blissfully Yours reçoit le Prix Un Certain Regard en 2002 et Tropical Malady obtient en 2004 le Prix du Jury. Syndromes and a Century est présenté à la Mostra de Venise en 2006. Ces œuvres très originales mélangent un quotidien banal et une imagerie poétique et onirique et peuvent surprendre le spectateur par leur lenteur et leur mystère.

Résumé :

Oncle Boonmee, apiculteur dans la jungle thaïlandaise, souffre d’une insuffisance rénale aigüe. Se sentant mourir, il fait venir sa belle-sœur dans la ferme où il vit, au cœur de la forêt, près de la frontière laotienne. Les apparitions magiques de sa femme défunte et de son fils disparu depuis des années lui confirment que sa fin est proche. Dans son domaine, entouré des siens, il se souvient alors de ses vies antérieures. Accompagné de sa famille, il traverse la jungle jusqu’à une grotte au sommet d’une colline, lieu de naissance de sa première vie.

Analyse :

Palme d’Or controversée au Festival de Cannes 2010, adulé par les uns et rejeté par beaucoup d’autres, le film étrange de Apichaptong Weerasethakul ne laisse pas indifférent. Rien ne semble plus banal que ce repas de famille où l’on s’échange des nouvelles et des photos, sauf que deux des convives sont des fantômes, et l’un deux un grand singe aux traits humains et aux yeux luminescents ! Une troupe de ces singes accompagnera l’oncle Boonmee et ses proches dans la longue marche, qui rappelle la Ballade de Narayama, à travers la jungle vers la caverne où il veut mourir.
Auparavant est inséré, sans lien évident avec le reste du récit, un épisode, rêve ou légende, dans lequel une princesse voilée, portée en baldaquin dans la forêt, s’arrête au bord d’un petit lac qui, lorsqu’elle se penche, lui renvoie le reflet de son ancienne beauté. Alors qu’elle pleure sur son visage défiguré, le seigneur des eaux, un poisson-chat, lui dit qu’il a formé ce reflet par amour pour elle. Elle se donne à lui, flottant dans le lac, après lui avoir offert tous ses bijoux ...
L’ensemble du film baigne dans l’onirisme, mêlant réalité et apparitions de façon déconcertante, au moins pour un spectateur occidental. Fantômes, esprits, grands singes noirs, poisson-chat parlant se mêlent à la vie quotidienne. Le film se déroule dans une lenteur presque hypnotique et une atmosphère chaude et sereine qu’accentuent les bruits de la forêt tropicale qui constituent l’unique bande-son.
Expérience cinématographique qui en rebutera certains mais qui mérite d’être vécue pour sa beauté envoûtante et sa poésie. Film étrange, exotique, empreint de philosophie bouddhiste et en même temps méditation universelle sur la mort et la vie.

(Jacques Champeaux)