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Cinéma

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Persécution

(France - 2008 - 1h40)

Réalisation : Patrice Chéreau - Scénario : Anne-Louise Trividic et Patrice Chéreau -Chef opérateur : Yves Cape - Montage : François Gédigier - Musique : Éric Neveux - Production : Bruno Lévy - Distribution : Mars Distribution
Interprétation : Romain Duris (Daniel) -Charlotte Gainsbourg (Sonia) –Jean Hughes Anglade (L’inconnu)- Michel Duchaussoy (L’homme âgé)- Gilles Cohen (Michel)
Auteur :

Patrice Chéreau, homme de théâtre célèbre et respecté, s’affirme de film en film comme un réalisateur important. Il tient une place particulière dans le cinéma français. Après le brillant La Reine Margot (1994), il réalisera des films intimistes : Intimité (2001), Son frère (2003), Gabrielle (2005), trouvant là son style le plus personnel, de nouveau affirmé dans Persécution (Sélection Venise 2009).

Résumé :

rDaniel est amoureux de Sonia, et il est en dépendance affective. Ils ne vivent pas ensemble, mais il se rend fréquemment chez elle. Il est très critique et persécuteur à son égard, il s’acharne à lui demander plus, alors que Sonia veut garder son autonomie. Mais voilà que Daniel est poursuivi par un inconnu, qui l’espionne régulièrement et s’introduit chez lui par effraction. Il n’arrive pas à s’en débarrasser. La confusion grandit chez Daniel…

Analyse :

« Le cinéma est le lieu du réel et de la vie » a dit un jour le réalisateur. De son aveu même, l’histoire de l’inconnu persécuteur, montrée en parallèle à la relation orageuse de Daniel et Sonia, lui est précisément arrivée, et l’aurait assez perturbé. Le personnage de Daniel est décrit dans ses contradictions entre la soumission à Sonia et une exigence démesurée, entre le bonheur et le malheur d’aimer, entre la compréhension des autres et la tendance à les juger sans concession. Peu de plans sans Daniel, qui bouge et virevolte sans cesse ; d’un chantier à l’autre (il est ouvrier du bâtiment) ; de son loft en restauration à l’appartement clean et douillet de Sonia ; de Michel, son ami, qu’il critique sans cesse, à l’homme inconnu qu’il rejette durement. Daniel cherche constamment à se justifier, il ne dit pas souvent la vérité car il ne voit pas clair en lui. C’est ce qu’arrive à lui dire l’inconnu, incarné par un Jean Hughes Anglade, impérial et troublant de sincérité. La force de la mise en scène est de nous rendre ces personnages consistants dans leur comportement, leur façon de réagir aux autres. Chéreau a l’art de nous les livrer dans leur épaisseur humaine, jusqu’à nous les faire sentir physiquement. Persécuteur et persécuté (effet miroir avec l’inconnu), Daniel évolue dans une solitude peuplée, il a beaucoup d’amis qui l’apprécient, mais ce qu’il craint le plus c’est la disparition, celle de Sonia surtout. Ainsi la scène de l’accident du motard, qui se relève, dit quelques mots et s’écroule, mort : Daniel est en plein désarroi. Rares sont les scènes d’apaisement. Souvent c’est au téléphone que Daniel est attentif et à l’écoute de Sonia. Les personnages sont filmés en plan rapproché, et les dialogues accentuent l’effet de densité. Le scénario est très écrit. Pour la première fois, Chéreau filme dans Paris, lumière soignée, tamisée. La musique d’Éric Neveux, très élaborée, souligne discrètement le tourment des êtres, jusqu’à la belle chanson du post-générique. Un film majeur.

(Alain Le Goanvic)