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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Pina

(Allemagne – 2011- 1h43)

Réalisation : et scénario : Wim Wenders - Image : Hélène Louvart, Jörg Widmer – Stéréographe : Alain Derobe - Montage : Toni Froschhammer - Musique : Thom Anreich – Chorégraphies : Pina Bausch- Distribution : Les films du Losange
Interprétation : La troupe du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch
Auteur :

Allemand, né en 1945 dans un pays détruit, matériellement et psychologiquement, Wim Wenders fait ses études de cinéma à Paris, pas à l’IDHEC mais en fréquentant la Cinémathèque ! Son originalité s’affirme d’emblée avec L’angoisse du gardien de but au moment du penalty (1971), Alice dans les ville (1973), Faux mouvement (1974), Au fil du temps (1975) : ruptures, ellipses, narration incertaine. Paris, Texas (1984) reçoit la Palme d’Or, et le grand succès public lui arrive avec Les ailes du désir (1987). Certains films sont des hommages : Nicholas Ray dans Nick’movie (1980), le roman noir dans Hammet (1982), la musique cubaine avec Buena Vista Social Club (1999), le blues dans The soul of a man (2003). C’est dans cette lignée que se place Pina.

Résumé :

C’est un film dansé en 3D, porté par l’Ensemble du Tanztheater Wuppertal, fondé par Pina Bausch et qui nous fait pénétrer au cœur du style très singulier de sa chorégraphe, disparue à l’été 2009. Après Traumtänze (Rêves dansants- 2008) d’Anne Linsel et Rainer Hoffman, une belle occasion de connaître cet art incomparable.

Analyse :

Wenders l'a rencontrée en 1985, au théâtre de la Fenice, lors de la présentation des deux créations de Pina: Café Müller et Le Sacre du Printemps. Ce fut une révélation pour le cinéaste de Paris, Texas et des Ailes du désir: "J'ai ressenti que cela parlait de moi et de mon propre corps" dit-il dans une interview récente de Positif, et de cette forte impression est né le désir de faire un film avec elle... Les années ont passé, Pina lui rappelait à chaque occasion qu'elle attendait qu'il s'y mette ! Wenders cherchait comment faire. C'est en 2007, raconte Wim, sur les marches du Palais du Festival de Cannes, que vint le déclic! La technologie du 3D lui apparut la solution à son problème. Il appelle aussitôt Pina d'une cabine téléphonique (on imagine sa fébrilité, sa joie de faire écho au souhait de la grande chorégraphe dans le brouhaha de La Croisette!). Ils se rencontrent en cette année 2007, commencent à établir un plan de travail, mais qui ne pourra débuter qu'en 2009. En 6 mois de travail intensif, ils déterminèrent les quatre spectacles qui seront utilisés, les danseurs étaient mobilisés; le planning de tournage était prêt, on allait tourner début juillet. Les pièces choisies étaient : Café Müller, Le Sacre du Printemps, Vollmond et Kontakthof. La mort de Pina remet brutalement tout en cause. Comment réaliser ce film sans la créatrice, l'inspiratrice, à ses côtés? Mais heureusement, plein de voix se sont élevées pour encourager le réalisateur à faire naître le film, dont les danseurs eux-mêmes. "Le moteur du film est l'admiration". Comme le dit Alain Derobe: "Nous avons mis les caméras au milieu des danseurs. La caméra doit littéralement danser avec eux!".C'est ce qui fait le charme du film, l'impression du spectateur à participer à la danse, en approchant l'intériorité des danseurs, en se laissant guider par les figures surprenantes et audacieuses des chorégraphes. Une succession de tableaux nous est ainsi proposée, dans une grande diversité de lieux et de propos: scènes d'intérieurs, sur la scène du Tanztheater, scènes tournées en ville (sous et dans le fameux métro monorail aérien, déjà utilisé dans des films antérieurs de Wenders) ou dans la nature (forêts, déserts). Le 3D permet "une conquête de l'espace", ici la réussite me paraît évidente. Les danseurs, dans leurs contorsions, la façon de faire de leur corps l'expression de leur âme, expriment le besoin d'amour, qui est notre lot à tous.Les danseurs expriment leurs souvenirs, leur reconnaissance, leur amour pour Pina Bausch. Et de cela naît l'émotion, une oeuvre d'art qui transcende la mort physique. Pina quitte la scène, à la fin du film, mais elle est immortalisée.

(Alain Le Goanvic)