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Cinéma

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SHUTTER ISLAND

(USA - 2008 – 2h17)

Réalisation : Martin Scorsese – Scénario : Laeta Kalogridis, d’après le roman éponyme de Dennis Lehane – Production : Phoenix Pictures
Interprétation : Leonardo DiCaprio (Teddy Daniels), Mark Ruffalo (Chuck Aule), Ben Kingsley (Dr John Cawley), Emily Mortimer (Rachel Solando), Michelle Williams (Dolores Chanal), Max von Sydow (Dr Jeremiah Naehring)
Auteur :

Né en 1942 dans la banlieue de New York, Martin Scorsese est un des cinéastes américains les plus importants de sa génération. Il est l’auteur de près d’une trentaine de films, de Taxi Driver, Palme d’or au Festival de Cannes 1976, à Les Infiltrés, qui obtient quatre Oscars en 2006, en passant par Raging Bull, La Dernière Tentation du Christ, Les Affranchis, Casino, Gangs of New York ou Aviator. Son œuvre aborde les thèmes de l’identité italo-américaine, de la culpabilité et du rachat, du machisme et de la violence.

Résumé :

En 1954, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l'île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés des fous criminels très dangereux. L'une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée de l'extérieur ?
Alors qu’une forte tempête s’abat sur l’ile isolée, les deux policiers, cernés par des psychiatres inquisiteurs et de redoutables psychopathes, s’enfoncent dans un monde aussi mystérieux qu’angoissant où se mêlent conspirations, manipulation mentale, et peut-être expérimentations monstrueuses. Daniels, lui-même hanté par son passé de militaire et par la mort de sa femme, commence à soupçonner l’institution de cacher quelque chose.

Analyse :

Première image d’un bateau émergeant de la brume, île aux falaises noires battue par la tempête, asile abritant des fous dangereux dans un ancien fort de la Guerre de Sécession, le spectateur est plongé dans l’atmosphère gothique des films fantastiques de la RKO des années 40. L’angoisse augmente avec la vision des visages déments des internés, les médecins eux-mêmes semblent inquiétants, la paranoïa s’installe dans l’esprit de Teddy Daniels, ancien militaire ayant participé à la libération des camps de concentration et tourmenté par son passé qui l’assaille dans de nombreuses scènes de flash-back hallucinées : visions des cadavres dans la neige de Dachau, cauchemar de sa femme réduite en cendres dans un incendie criminel. Que cache réellement cet asile ? Ces médecins, dont certains pourraient être d’anciens criminels nazis, se livrent-ils à des expérimentations sur le cerveau des détenus ? La venue de Teddy Daniels sur l’île est-elle un piège dont il ne pourra s’échapper ?
Le spectateur, ainsi pris dans cette mise en scène efficace, n’échappe pas lui-même à un doute angoissant : où se trouve la frontière entre raison et folie ? Comme dans Le Locataire de Polanski ou Spider de Cronenberg, il est parfois difficile de distinguer fantasmes et réalité. Scorsese nous livre un mélange de thriller, de film politique et de film psychanalytique. Obsédé par le mal, comme Haneke ou Polanski, il le traite de manière très différente, dans un style beaucoup plus lyrique, inspiré du cinéma hollywoodien des années 40 et 50, auquel on peut parfois reprocher une certaine grandiloquence. Il est servi par des acteurs remarquables, en particulier Leonardo DiCaprio, qui réalise une grande performance.
Certains pourront relever des invraisemblances et se montrer critiques sur quelques aspects un peu kitsch, mais ce film, un des plus sombres de Scorsese, est l’œuvre d’un grand cinéaste.

(Jacques Champeaux)