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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Si tu meurs, je te tue

(France – 2010 – 1h28)

Réalisation : Hiner Saleem – Distribution : Océan Films
Interprétation : Jonathan Zaccaï – Golshifteh Farahani – Billey Demirtas – Mylène Demongeot
Auteur :

Hiner Saleem est né en 1965 à Aqrah, dans le Kurdistan irakien. Il a fui son pays à l’âge de 17 ans pour échapper au régime de Saddam Hussein. Il continue à se battre pour la reconnaissance des droits du peuple kurde. Il a déjà à son actif plusieurs longs métrages : Vodka Lemon (2003), Kilomètre zéro (2005), Les toits de Paris (2007). Il est également l’auteur de Le fusil de mon père (Seuil 2004)

Résumé :

Philippe est français, il sort de prison. Il rencontre dans un bar Avdal, kurde irakien, pour lequel il se prend d’amitié jusqu’à l’héberger. Avdal parle de sa fiancée, Siba, restée au pays mais qu’il espère faire venir à Paris. Mais Avdal meurt bêtement, assis dans un bus. Et Philippe se retrouve avec un mort sur les bras, puis une fiancée qui débarque et enfin le père d’Avdal…..

Analyse :

Hiner Saleem a un art consommé pour faire vivre sous nos yeux des gens sans importance sociale, mais qui prennent justement de l’importance dans leur résistance à la morosité de leur situation. Il a aussi un art consommé pour faire sourire à propos de situations qui pourraient être macabres ou tragiques : quel travail trouver pour Avdal sans papiers, que faire de l’urne funéraire d’Adval, comment joindre au Kurdistan par téléphone la famille d’Adval alors qu’il n’en connaît pas la langue…. Son approche des kurdes de Paris et leur communautarisme musclé fait plus penser aux Dalton ou aux Pieds Nickelés qu’à des islamistes redoutables . Et à travers le personnage de Siba, il va réussir à faire surgir un féminisme très audacieux et risqué, pour une femme kurde. Siba qui semble d’abord particulièrement démunie, débarquant seule à l’aéroport, mais qui arrivera à retrouver la trace de son fiancé… ou de ce qu’il en reste : un bocal de poussière.
Hiner Saleem se sert de la musique comme d’un contre point aux situations qu’il met en scène, transformant ainsi l’impact émotionnel qu’elles pourraient avoir. Il introduit une pincée de surnaturel qui n’a rien de ridicule, que ce soit les apparitions d’Adval à Philippe ou le reflet de Siba dans la fenêtre de l’autobus se transformant en image de son fiancé.
Quelques personnages secondaires pleins de sympathie, comme la logeuse jouée par Mylène Demongeot, font apercevoir une humanité bienveillante. Le père d’Avdal lui-même, tout patriarche machiste qu’il est, et prêt à tout pour ramener Siba au pays, arrive à nous apitoyer dans son désespoir devant ce qui reste de son fils.
Ce film est un petit chef-d’œuvre d’humour et de légèreté. Tendre et pudique il se garde bien de conclure de manière définitive et laisse la porte ouverte aux espoirs des spectateurs…

(Maguy Chailley)