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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Tomboy

(France – 2011 – 1h22)

Réalisation : et scénario : Céline Sciamma – Image : Chrystel Fournier - Son/mixage : Benjamin Laurent, Sébastien Savine, Daniel Sobrino - Montage : Julien Lacheray – Décors : Thomas Grézaud – Casting : Christel Baras – Production : Hold up Films – Distribution : Pyramide
Interprétation : Zoé Héran (Laure/Michaël) , Malonn Levana (Jeanne), Jeanne Disson (Lisa), Sophie Cattani (la mère), Matthieu Demy (le père)
Auteur :

Céline Sciamma, jeune réalisatrice de 32 ans, signe ici son deuxième long-métrage. Après des études de lettres puis la Femis dans la classe de scénario, elle réalise « Naissance des pieuvres » en 2007, où elle s’intéressait à des relations adolescentes. Dans « Tomboy » c’est à l’enfance qu’elle s’attaque.

Résumé :

Laure a 10 ans. Elle est un « garçon manqué ». Arrivée dans un nouveau quartier, elle fait croire à Lisa et sa bande qu’elle est un garçon…. L’été devient un grand terrain de jeu et Laure devient Michaël, un garçon comme les autres ; suffisamment différent pour attirer l’attention de Lisa. Laure/Michaël profite de sa nouvelle identité comme si la fin de l’été n’allait jamais révéler son secret.

Analyse :

L’introduction très habile nous fait entrer dans le monde de l’ambiguïté : une nuque d’enfant, cheveux très courts, une main qui se balance de droite à gauche sans sembler savoir de quel côté s’arrêter, un père qui parle à son enfant (dont on ne voit pas encore le visage à l’écran) et lui fait même prendre le volant de sa voiture, des vêtements très masculins….. On comprend que l’identité de cet enfant sera au cœur du récit. Mais les circonstances fournissent fortuitement le déclencheur de la méprise, lorsque Lisa, assise devant son immeuble, demande à Laure « Tu es nouveau ?». Un bref temps d’hésitation et Laure s’embarque dans une fable identitaire qui la piègera de plus en plus. Le film montre admirablement ce qu’analysent depuis des décennies les études sur le « genre » : le masculin et le féminin en chacun de nous est tout autant déterminé par le regard et les attentes du groupe que le sexe physique. Mais bien sûr, Laure/Michaël est consentante. Et ce n’est pas à propos de Jeanne, sa petite sœur, qu’une telle méprise se produirait, elle qui est déjà très marquée par les codes sociaux de la féminité. Jeanne deviendra complice de sa grande sœur, tout heureuse qu’elle est d’être introduite dans les jeux des plus âgées par son « grand frère ».
Les enfants filmés ont un naturel confondant que ce soit dans leurs jeux (au centre de l’affirmation de l’appartenance à un « genre ») ou leurs conversations. Des gros plans sur les visages, ou la caméra à hauteur de la taille des enfants accentuent l’impression d’être au cœur de cette micro société. Et la tension monte au sujet de l’issue possible…. Lorsque le mensonge de Laure sera découvert, une scène pathétique nous la montre renonçant à se battre contre ses camarades de jeu qui l’accablent, alors même que sa force était indéniable lorsqu’elle « était » Michaël. Redevenue fille à leurs yeux, elle ne s’autorise plus à se défendre.
Un film très subtil et fort bien joué.

(Maguy Chailley)