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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Une séparation

(Iran – 2011 – 2h03)

Réalisation : et scénario : Asghar Farhadi – Directeur de la photographie : Mamhood Kalari – Monteur : Hayedeh Safiyari – Ingénieur du son : Mahmood Sammakbashi
Interprétation : Leila Hatami – Peyman Moadi – Shahab Hosseini
Auteur :

Asghar Farhadi est né en 1972 à Khomein Shahr, près d’Ispahan. Après un diplôme d’études théâtrales il a ensuite tourné quelques courts métrages. Il passe ensuite à l’écriture de pièces de théâtre et de scénarii pour la télévision iranienne. Il réalise quelques séries télévisées documentaires avant de passer à la réalisation de longs métrages de fiction. Deux d’entre eux ont déjà été présentés en France : La fête du feu (2006) et A propos d’Elly (2009) qui a obtenu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur. Une séparation a obtenu l’Ours d’Or au Festival de Berlin 2011 ainsi que 2 prix d’interprétation.

Résumé :

Simin décide de quitter Nader mais n’obtient pas le divorce. Elle quitte le domicile conjugal y laissant son mari, sa fille Termeh et son beau-père atteint de la maladie d’Alzeimher. Au cours d’une dispute avec Nader, la personne engagée pour s’occuper du vieillard, va tomber dans l’escalier. Elle accusera ensuite Nader d’être responsable de sa fausse couche. Et son mari viendra demander justice et réparation.

Analyse :

Après une entrée en matière choc où l’on voit Simin et Nader argumenter vivement devant le juge, l’une pour justifier sa demande de divorce en vue d’un départ de l’Iran avec sa fille, l’autre justifiant son refus au nom de sa solidarité filiale, la première partie semble traîner en longueur, étalant les difficultés de Nader à assumer seul la garde de son père. Est-ce un documentaire sur la maladie d’Alzheimer peut se demander le spectateur. Mais lorsque Nader recrute Razieh et que très vite apparaît le poids de la religion sur elle (peut-elle toucher le vieil homme, tombé à terre, sans enfreindre des règles coraniques ?) on comprend que ces deux univers mentaux ne pourront être que dans le malentendu. Malentendu accru par la distance sociale qui les sépare. Surtout si se rajoutent des petits mensonges ou des semi vérités qui vont brouiller les pistes, à la fois pour le juge chargé de comprendre si Nader est coupable ou non de la mort du fœtus de Razieh, mais aussi pour le spectateur qui ne comprendra qu’au fur et à mesure ce qui s’est vraiment passé. Toute l’habileté du scénario est dans cette approche pas à pas de la vérité, à travers les points de vue et les questionnements successivement exprimés par les différents protagonistes. On retrouve ici un procédé déjà utilisé dans A propos d’Elly, procédé qui permet de maintenir une attente tout au long du film. A côté de personnages très diserts comme Nader et Simin, et dans une moindre mesure Razieh et son mari, d’autres jouent le rôle de témoins plus silencieux mais dotés d’un regard sur les événements, regard qui contribue à forcer les premiers à être plus sincères. Ainsi Termeh, fille de Nader et Simin, écartelée entre ses deux parents qu’elle voudrait tant garder en couple uni, et qui interpelle son père sur l’authenticité de son témoignage. Saura-t-elle qui choisir lorsque le juge lui demandera de décider avec lequel elle va vivre? Admirablement interprété, ce film témoigne à la fois des clivages sociaux et religieux en Iran et de la difficulté à échapper au mensonge, difficulté sans doute universelle.

(Maguy Chailley)