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Cinéma

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Vincere

(Italie - 2009 - 2h02)

Réalisation : Marco Bellochio - Scénario : Marco Bellochio et Daniela Caselli - Image : Daniel Cipri - Montage : Francesca Calvelli - Musique : Carlo Crivelli -Son : Gaetano Carito - Production : Offside, RAI cinema, Celluloid Dreams - Distribution : Ad Vitam
Interprétation : Giovanna Mezzogiorno (Ida Dalser), Filippo Timi (Mussolini, le fils de Mussolini), Michela Cescon, Fausto Russo Alesi
Auteur :

Marco Bellochio (né en1939) est un cinéaste engagé dans une contestation radicale de la société. Ses personnages sont ainsi souvent en révolte contre les ordres établis : politique, éducation, armée, église. Certains présentent des cas pathologiques dus à leur inadaptation dans la société. Citons comme films majeurs : Au nom du père (1971), Le saut dans le vide (1979), Le diable au corps (1986), Autour du désir (1991). Plus récemment, le brillant et baroque Le sourire de ma mère (2002). Vincere a été présenté en Sélection Officielle à Cannes 2009.

Résumé :

Bellochio ajoute un nouveau visage féminin dans la lignée des films sur le désir des années 80 : celui d’Ida Dalser, une sacrifiée du fascisme italien. Ida rencontre Mussolini à Trente, au temps où ardent militant socialiste il harangue les foules et crée le Popolo d’Italia, point de départ du parti fasciste. Il épouse Ida, lui fait un enfant, puis, lorsque la guerre de 1914 éclate, disparaît complètement de sa vie, s’ingéniant à effacer toute trace de leur mariage.

Analyse :

Le cinéaste renoue avec un scénario basé sur un évènement historique, le précèdent était l’Affaire Moro avec Buongiorno, notte. Ici c’est une évocation de la période fasciste mais par le biais d’un épisode très peu connu de la vie du Duce, au temps où il était un militant socialiste acharné. Certes la vie semée d’épreuves d’Ida Falser (incarnée par Giovanna Mezzogiorno, au regard lumineux) à qui il est interdit de revendiquer ses droits (reconnaissance de son mariage avec le Duce et des droits de son enfant) ne peut que nous émouvoir. Toutefois il y a dans le récit de cette tragique histoire, quelque chose qui nous empêche d’être vraiment concerné et intéressé par ce drame. Les internements successifs en hôpital psychiatrique font penser (malheureusement, mais Bellochio n’y est pour rien !) au personnage féminin de L’échange d’Eastwood, mais surtout l’usage trop fréquent d’archives cinématographiques montrant le Duce dans ses discours enflammés, juxtaposés aux séquences du film, entraînent un décalage, sans doute voulu pour montrer que l’homme aimé lui a échappé, pour toujours. Bellochio affirme une nouvelle fois ses talents de mise en scène, accompagnée de l’usage spectaculaire de musiques et de chants qui irradient les images. La folie progressive d’Ida et ses élans pulsionnels font place à la schizophrénie du fils, qui singe son père avec une telle vérité que nous pouvons nous interroger sur ce qui a pu attirer Ida et les foules chez Mussolini…Faire quelques rapprochements avec la situation italienne actuelle ? le débat se situe dans le hors champ du film!

(Alain Le Goanvic)