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Cinéma

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White Material

France - 2009 - 1h42

Réalisation : et scénario : Claire Denis, Marie Ndiaye - Photo : Yves Cape Montage : Guy Lecorne – Musique : Tindersticks (Stuart S. Staples) – Son : Jean Paul Mugel, Christophe Winding, Christophe Vingtrinier - Production : Why Not Productions Distribution : Wild Bunch
Interprétation : Isabelle Huppert (Maria Vial), Christophe Lambert (André Vial), Nicolas Duvauchelle (Manuel Vial), Michel Subor (Henri Vial, le propriétaire de la plantation), William Nadylam (Chérif, le maire), Adèle Ado (Lucie Vial, la nouvelle femme d’André), Ali Barkai (le chef des enfants rebelles), Isaach de Bankolé (le « Boxeur », officier rebelle).
Auteur :

Claire Denis a passé son enfance en Afrique. Son premier long-métrage Chocolat (1988) est nourri de ses souvenirs d’enfance. Ses films mettent souvent en scène des Noirs et une réflexion sur le racisme et la violence : S’en fout la mort (1990), J’ai pas sommeil (1994). Nénette et Boni (1996) et Beau travail (1999) confirment son talent pour filmer les corps dans leur densité et leur mystère. White Material marque le retour aux sources africaines.

Résumé :

Quelque part en Afrique, dans une région en proie à la guerre civile, Maria refuse d’abandonner sa plantation de café avant la fin de la récolte, malgré la menace, due à la guerre civile, qui pèse sur elle et les siens.

Analyse :

Dès les premières images s’affirme la forte et prégnante sensation de l’Afrique : terre rouge, arbres secs, herbes brûlées par le soleil, piste poussiéreuse, chaleur étouffante. Ces images nous assaillent et nous fascinent, elles nous communiquent une émotion forte de beauté et d’angoisse. Et apparaît une femme en robe blanche, corps d’adolescente mais visage marqué par les ans, hagarde, semblant chercher désespérément quelque chose ou quelqu’un… Nous la reverrons à la fin du film, l’histoire se referme en boucle, exprimant l’impasse où se trouve cette Française responsable d’une plantation de café, obstinément attachée à terminer la récolte. Maria Vial, incarnée par une Isabelle Huppert bouleversante, s’attache à des tâches concrètes : trouver de la main d’œuvre pour finir le travail, faire des courses au village proche. Activité dérisoire devant le déferlement de violence des militaires pourchassant les rebelles. Les enfants-soldats écument la région. Les troupes françaises d’intervention donnent l’ordre aux rares Européens, encore présents sur cette terre hostile aux Blancs, de quitter le pays. Le jeu d’Isabelle Huppert souligne le mélange de candeur et de force morale du personnage, son côté très terre-à-terre et l’amour déraisonnable pour son fils, dont elle ne voit pas le danger de folie qu’il court. Comme pour elle.

Les images de la guerre civile sont prises dans un crescendo implacable, aboutissant au massacre final. Cette évocation d’un pays africain (non nommé) sombrant dans l’anarchie et l’horreur nous fait penser au Rwanda, au Tchad, à la Côte d’Ivoire. Elle ne nous amène pas à une prise de position, mais donne une représentation de convulsions politique et humaine, celle d’une réalité sublimée par le cinéma.

(Alain Le Goanvic)