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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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1001 grammes (1001 Gramm)

(Norvège/Allemagne/France -2014 - 1h33)

Réalisation : Hamer Bent - Scénario : Bent Hamer – Image : John-Christian Rosenlund – Montage : Anders Refn – Musique : John-Erik Kaada - Distribution France : Les Films du Losange
Interprétation : Ane Dahl Torp (Marie), Laurent Stocker (Pi), Hildegun Riise (Wenche), Stein Winge (Ernst), Didier Flamand (Gérard)
Auteur :

Bent Hamer, cinéaste norvégien né en 1956. Après des études de droit à Oslo, et quelques années de travail comme skipper, il a étudié littérature et cinéma à Stockholm. Presque tous ses longs métrages sont sortis en France (Eggs 1995, Un jour sans soleil 1999, Kitchen Stories 2003, Factotum 2005, La nouvelle vie de Mr Horten 2007). Il pratique avec succès un humour incisif et original.

Résumé :

Une scientifique norvégienne emporte au Bureau International des Poids et Mesures, à Paris, l'exemplaire du kilogramme-étalon de son pays pour une réunion internationale de vérification de conformité. Un accident lors du voyage de retour met en danger l'intégrité du précieux objet de platine iridié.

Analyse :



La convergence de scientifiques venus de tous les pays, porteur chacun de son '"Sacré Graal", pour le solennel rassemblement des étalons au grand colloque du BIMP, réalise la spectaculaire mise en scène d'une religion peu connue : adorent-ils la Science, le Nombre, le Savoir ? Le passage de la douane illustre l'anormalité de l'objet que transporte Marie Ernst, comme le souligne cet autre voyage dans lequel son kilo-étalon est remplacé, même allure et même volume, par l'urne funéraire des cendres de son père. Le fétichisme numérologique se manifeste encore, en clôture du film, sur la balance de précision qui affiche le poids de l'urne : ses 1022 grammes se réduiront à 1001 à mesure que l'âme humaine, réputée en peser 21, s'évaporera des cendres, suivie des yeux par Marie rassérénée.

Il y a plaisir à découvrir le petit monde sous formol du dernier "étalon en platine iridié" (désormais, seul reste le kilo, le mètre-étalon ayant été déclassé au profit d'un bref parcours de lumière). Tous les petits Français (seuls au monde ? Pas forcément...) savaient que depuis plus d'un siècle il était conservé « au Pavillon de Breteuil, à Sèvres », et ses dignes conservateurs ont la courtoisie surannée et la fragilité qui sied à leur respectable vétusté. Voilà qui confère soudain à la mission valorisante et prétendument éternelle que le vieil Ernst avait confiée à sa fière héritière un caractère vulnérable et fugace, voire dérisoire, qui va amener celle-ci à une grande incertitude sur son rôle désormais – seule face à cette terrible remise en question. La rencontre d'un plaisant jardinier, ex-scientifique qui a su renoncer aux pompes du Savoir pour se consacrer aux petites plantes et soigner sa vieille mère malade, lui apporte la joyeuse illustration qu'il y une vie même hors des vérités démontrées. Ce n'est pas la preuve que les autres soient plus fiables, mais on se réjouit de voir la jolie Marie ayant perdu son papa se retrouver en puissance d'un nouveau mentor...

Jacques Vercueil