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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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11 fleurs

(France/Chine – 2011 – 1h50)

Réalisation : Wang Xiaoshuai – Scénario : Wang Xiaoshuai et Lao Ni – Photographie : Dong Jinsong – Musique : Marc Perrone – Son : Kang Fu – Montage : Nelly Quettier – Distribution : Haut et Court
Interprétation : Liu Wenqing, Wang Jingchun, Yan Ni, Zhang Kexuan, Zhong Guo Liuxing
Auteur :

Wang Xiaoshuai est né en 1966 à Shangaï. Diplômé de l’Académie de Cinéma de Pékin, il est acteur, producteur, réalisateur, scénariste. Dès son premier film Dongchun de risi, en 1993, il est mis sur liste noire dans son pays, alors que la critique occidentale ne cessera pas de faire bon accueil à ses œuvres. Il obtiendra le prix du Jury à Cannes en 2005 pour Shangaï dreams.

Résumé :

En 1975, Wang Han, 11 ans (les 11 fleurs du titre), grandit dans les montagnes de la province du Guizhou, dans le sud de la Chine. Il mène une vie paisible entre l’école, sa bande de copains, sa mère ouvrière et son père peintre. Un drame survient dans la petite communauté villageoise et a des répercussions inattendues sur Wang Han…

Analyse :



Comment témoigner de la révolution culturelle chinoise à travers le regard d’un enfant? C’est à cela que s’attelle le réalisateur (dont on sait que ce récit est en partie autobiographique). Et ce que voit Wang Han, il ne sait pas l’interpréter, ce qui laisse toujours le spectateur dans un en de ça qui l’oblige à déduire, à extrapoler. Donc pas de discours militant anti mao mais des petites touches sur la vie quotidienne dans ce village perdu avec son usine (qu’on évoque mais qu’on ne voit jamais), son école, son quartier d’habitation pauvre, ses environs campagnards. Tout est présenté à hauteur d’enfant, à hauteur de son regard et de son écoute. Wang Han n’est pas seul et ses relations avec ses copains, leurs jeux, leurs conversations, contribuent à affiner leur  compréhension hésitante de ce qui se passe. Des événements anodins nous révèlent ce que vivent ces villageois : le dénuement de cette famille qui oblige la mère à dépenser toutes ses économies d’une année entière pour confectionner la chemise blanche que l’enseignante a demandé à Wang Han de porter pour diriger les séances quotidiennes de gymnastique collective – ces musiques de propagande diffusées en tout lieu et que les adultes s’obligent à chanter lors des réunions entre amis – ce voisin exilé ici car « intellectuel » et qui s’y sent comme un mort vivant – le père de Wang Han empêché d’exercer sa passion de la peinture…. La trame narrative du récit se focalise sur ce qui peut toucher un enfant : l’obtention puis la perte de sa chemise, l’intérêt pour cette jeune fille dont il pressent qu’il lui est arrivé quelque chose de grave, et surtout la rencontre, inopiné d’un jeune homme blessé et poursuivi par la police dont on comprendra peu à peu le lien avec la jeune fille. C’est à travers ces événements que Wang ouvre les yeux et s’interroge sur un horizon plus vaste que celui de sa famille. Mais la vie intime occupe aussi une place importante dans ce film tout en délicatesse et dont les images admirables nous charment. Les relations avec son père, en particulier, sont occasion de scènes émouvantes et d’une grande beauté.

(Maguy Chailley)