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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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38 témoins

(France – 2012 – 1h44)

Réalisation : Scénario, dialogues : Lucas Belvaux – Direction photo: Pierre Gantelmi d’Ille – Montage : Lodo Troch - Musique : Arne Von Dongen – Son : Henri Morelle - Distribution France : Diaphana Distribution
Interprétation : Yvan Attal (Pierre), Sophie Quinton (Louise), Nicole Garcia (Sylvie Loriot), François Feroleto (capitaine Léonard), Natacha Régnier (Anne), Didier Sandre (le procureur Lacourt)
Auteur :

Lucas Belvaux est un acteur et réalisateur belge, qui s’est révélé au public avec sa trilogie réalisée en 2002-2003 : Un couple épatant – Cavale – Après la vie, où trois couples et les mêmes acteurs, vont vivre tour à tour une comédie, un thriller, un drame. Puis en 2006, c’est  La raison du plus faible, avec les mêmes ingrédients de comédie et de drame noir, sur fond de constat social.

Résumé :

Le scénario est tiré d’un roman de Didier Decoin Est-ce ainsi que les femmes meurent, inspiré d’un fait divers survenu en 1964 à New York : une femme est assassinée en pleine nuit dans un quartier paisible, sous les fenêtres des voisins qui entendent les cris sans réagir. Ici, nous sommes dans la ville du Havre, décidément à l’honneur ces temps-ci (voir Le Havre de Kaurismaki, La Fée de Dominique bel et Fiona Gordon). Louise revient de Chine et découvre le crime, et surtout le silence des « 38 témoins », dont son compagnon, Pierre.

Analyse :



Un couple : l’ombre (Pierre, un des « 38 ») et la lumière (Louise, sa compagne). Physiquement, lui est sombre, quasi-mutique, dévoré d’un doute intérieur, regard noir ; elle (Sophie Quinton, fascinante) est d’une blondeur lumineuse, regard pur, transparent, elle veut entendre son amour parler. La déchirure du couple, qui pourtant s’aime, va peu à peu s’installer, alors que l’enquête policière progresse lentement. On cherche le criminel, bien sûr. Mais, le procureur s’interroge sur une procédure de justice : mettre les « témoins » en examen pour non-assistance à personne en danger. Ils n’ont rien entendu, rien vu, disent-ils. Mais Pierre, pilote du port du Havre, va se décider à parler, risquant la mise en examen et entraîner les autres avec lui. Le crime - mais pourquoi et par qui ? - passe au second plan. Comment un homme, une femme, normalement constitués, peuvent-ils oublier les cris horribles de cette femme, assassinée dans la nuit dans cette ville aux rues perpendiculaires, tirées au cordeau, filmées dans une froide rigueur, la nuit puis à différentes heures de la journée. Une journaliste enquête, veut comprendre, dénoncer l’indifférence. À elle seule, elle provoque une accélération de l’histoire. Et puis, il y a le port, lieu actif du trafic de conteneurs, où se croisent et s’entrecroisent les bateaux et les engins de manutention. Pierre et Louise en vivent : lui comme pilote des bateaux qui entrent et sortent du port ; elle est cadre commercial dans une société de gestion du trafic. Pierre, le pilote du Havre, poste officiel et important, conduit les énormes bateaux à bon port. C’est ainsi que commence le film, générique inclus. Prises de vue extraordinaires de la mer, de l’étrave des bateaux, de l’arrivée aux quais, aidés par des remorqueurs minuscules mais puissants à côté des mastodontes. Pierre ne conduit pas très bien sa vie, il est plutôt à la dérive. Louise est perdue dans les méandres du doute, son amour éperdu se heurte à la réalité sordide : Pierre n’a pas tenté de secourir la femme agressée. De plus, il se disqualifie lui-même à ses yeux.

La police, la justice, la journaliste font leur travail, inexorable. Un suspense très élaboré grâce  au style de filmage et de montage nous tient en haleine. Cadrages impeccables, photographie dans les teintes douces tirant sur le gris (mélange d’ombres et de lumière), dialogues denses où est atteint l’essentiel : ce film est une réussite.

(Alain Le Goanvic)