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Cinéma

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A Ciambra

(italien, américain, français, suédois, allemand, brésilien – 1h58 – 2017)

Réalisation : Jonas Carpignano - Scénario : Jonas Carpignano – Montage : Affonso Gonçalves – Son : Giuseppe Tripodi – Photographie : Tim Curtin – Onze producteurs et coproducteurs – Huit producteurs délégués dont Martin Scorsese.
Interprétation : Pio Amato (Pio) ; Koudous Seihon (Ayviva) ; et toute la famille Amato.
Auteur :

Jonas Carpignano est un réalisateur, scénariste, producteur, italo-américain de 33 ans. Il réalise quelques courts métrages avant d’être découvert en 2015 avec Mediterranea. A Ciambra qui poursuit la même étude qu’un court métrage de 2014 du même nom, a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2017 où il a reçu le Prix Label Europa.  

Résumé :

Entre combines et arnaques, le film suit le parcours d’un adolescent rom de 14 an qui veut à tout prix être « un grand » aux côtés de son frère et de son père et qui pour le devenir devra faire des actes qu’il réprouve lui-même.

Analyse :



 Malgré le propos plutôt noir, il se dégage de ce second long métrage de Jonas Carpignano une énergie, une fougue, une hargne de vivre essentiellement insufflées par son jeune héros, Pio, acteur amateur fétiche du réalisateur. Ce dernier s’intéresse surtout aux exclus, aux marginaux, aux laissés pour compte de la vie qui survivent grâce à des arnaques, à de petits arrangements et à une recherche quotidienne de l’argent qui manque cruellement. Dans Mediterranea, il suivait un migrant africain venu de son Burkina Faso natal en Italie. Dans ce film il s’intéresse à la vie d’une communauté de Roms, à Gioa Tauro (sud de la Calabre), mais on y retrouve Koudous Seihon l’émigré burkinabè. La vie de ces Roms est calquée sur leur vraie vie ; d’ailleurs toute la famille de Pio Amato participe au film. Ce n’est pas pour autant un documentaire mais une approche documentariste qui reste une fiction à laquelle il a mêlé des passages oniriques. Ces Roms vivent dans un ghetto, au milieu de détritus, dans des abris précaires où les gosses sont livrés à eux-mêmes, n’allant pas à l’école mais fumant et jouant aux caïds à 5 ou 6 ans. Malgré ces conditions de vie difficiles, il se dégage de cette communauté une chaleur humaine qui donne au film des moments de grande intensité. La vie est dure mais elle est joyeuse, pleine d’énergie et de vitalité et nous offre des portraits d’une grande humanité. Ce Pio, adolescent de 14 ans qui veut à tout prix être reconnu comme un homme dans cette communauté, est très attachant. La caméra à l’épaule, ce qui donne une image certes sautillante mais très vivante, suit cette boule de nerf au visage secret mais terriblement expressif, au regard vif, intelligent, qui sourit très peu, sauf lorsqu’il se retrouve dans la communauté des africains. De rares plans larges, ce qui nous permet de suivre Pio au plus près, des vues essentiellement nocturnes, donnent au film une tonalité particulière qui colle parfaitement au propos. Carpignano ne veut ni caricaturer, encore moins dénoncer, mais témoigner sur cette communauté d’exclus avec un film très prenant qui, paradoxalement, a des côtés solaires. Scorcese ne s’y est pas trompé qui a coproduit ce film.

Marie-Jeanne Campana