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Cinéma

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A Touch of Sin

(Chine – 2013 – 2h13)

Réalisation : Jia Zhang-Ke - scénario et dialogues: Jia Zhangke - Photo: Yu Likwai - Décors : Lu Weixin - Montage : Mathieu Laclau, Xudong Lin- Musique : Lim Giong- Son : Yand Zhang- Distribution : Ad Vitam
Interprétation : Jiang Wu (Dahai), Baoqiiang Wang (Zhousan), Zhao Tao (Xiaoyu), Lanshan Luo (Xiaohui), Jiayi Zhang (amant de Xiaohui), Meng Li (Lianrong)
Auteur :

De nationalité chinoise, né en mai 1970. A l’Université du Cinéma de Pékin, il fonde un « groupe du film expérimental », première structure du cinéma indépendant chinois. Premier long-métrage en 1997 : Xiao Wu, artisan pickpocket. Puis suivent : Platform (2000), Plaisirs inconnus (2002), The world (2005). En 2006, il obtient le Lion d’Or à Venise pour Still Life. A touch of sin a reçu le prix du Scénario du Festival de Cannes 2013.

Résumé :

Quatre personnages, quatre provinces, un seul et même reflet de la Chine contemporaine, celui d’une société au développement économique brutal, peu à peu gangrenée par la violence. Un constat commencé avec Still Life et amplifié.

Analyse :



Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village, décide de passer à l’action et de faire justice lui-même. Zhousan, travailleur migrant, voyage de province en province sur sa moto et utilise son arme dans différentes circonstances. Xiaohui, hôtesse d’accueil dans un sauna, est poussée à bout par le harcèlement d’un client. Le jeune Xaohui passe d’un travail à l’autre dans des conditions de plus en plus dégradantes. En contraste avec Still Life, où la description des problèmes de la société chinoise était sans concession et où la violence n’apparaissait qu’en filigrane, le présent film est entièrement tourné dans un climat de violence individuelle et désespérée. Que penser d’un tel film qui séduit par son ampleur et son atmosphère, mais qui laisse plein de questions ouvertes et pressantes sur ce qu’est vraiment la réalité chinoise ? Ce n’est pas un documentaire mais une fiction, où évoluent des personnages déboussolés, sans conscience politique, individualistes et incapables de maîtriser leur destin. La violence qui explose dans les images soignées et emplies d’une douce lumière nous laisse pantois. Le plus grave des problèmes sociaux de la Chine est dû au développement économique et financier inégal, entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, provoquant des flux considérables des « migrants intérieurs « , source de troubles socio-politiques de grande ampleur. Ceux qu’on appelle les « mingongs » seraient 200 millions. Pourvus d’un passeport interne, ils forment une population de seconde zone. Jia Zhang porte un regard froid, distancié mais fort critique sur une société au bord de l’implosion. Autant dire que ce réquisitoire contre le système politico-économique ne plaît pas aux officiels du pays. Le film n’est toujours pas distribué là-bas, alors que le réalisateur, gonflé par ses succès internationaux, bénéficie d’une grande popularité dans son pays !(réseaux sociaux obligent). De ce film attachant et percutant, on dira peut-être, dans dix ans, que c’était une œuvre visionnaire !

Alain Le Goanvic