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Cinéma

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A bout de souffle

(France, 1960, 1H29)

Réalisation : Jean-Luc Godard - Scénario : Jean Luc Godard (d’après un scénario d’origine de François Truffaut) - Conseiller technique : Claude Chabrol - Chef opérateur : Raoul Coutard - Montage : Cécile Decugis - Musique : Martial Solal - Production : Les films Georges de Beauregard, SNC, Imperia - Distribution : Imperia films.
Interprétation : Jean-Paul Belmondo (Michel Poiccard), Jean Seberg (Patricia Franchini), Daniel Boulanger (inspecteur Vital), Roger Hanin (Carl Zubart), Van Doude (Van Doude), Jean-Pierre Melville (Parvulesco), Jean-Luc Godard (le dénonciateur).
Auteur :

Jean-Luc Godard, né à Paris en 1930, est un cinéaste français et suisse. D’abord critique de cinéma, il tourne A bout de souffle (1960), devenu un film fondateur de la Nouvelle vague (Ours d’argent à Berlin). Souvent scénariste et monteur de ses films, il réalise ensuite notamment : Une femme est une femme (1960), Vivre sa vie (1962), Le mépris (1964), Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution, Pierrot de fou (1965), La chinoise (1967. Après diverses expériences de cinéma politique, il réalise une série de films essais : Histoire(s) du cinéma (1988-1998). Dans les années 2000, sort Film Socialisme (2010) puis Adieu au langage (Prix du Jury à Cannes en 2014).

Résumé :

Au moins d’août, à la fin des années Cinquante, Michel Poiccard, beau jeune homme décontracté et arrogant, vole une voiture à Marseille et remonte à Paris. Sur la RN 7, il tue un motard qui le poursuivait puis il arrive à Paris et retrouve une jeune Américaine, Patricia.  

Analyse :



A bout de souffle a marqué l’Histoire du cinéma en bouleversant les pratiques en vigueur à l’époque comme le tournage en studio, les faux décors et les dialogues impeccables. Godard a résolument planté sa caméra dans la rue, à Marseille, sur la RN7 et surtout à Paris, qui est filmé de façon presque documentaire (Champs Elysées, Tour Eiffel, rue de Rivoli, Concorde, Saint Germain des prés, la Seine, etc.). Le cinéaste, comme ses amis de la Nouvelle vague qui ont collaboré au film, Truffaut et Chabrol, a recherché avant tout la légèreté du tournage (avec souvent la caméra à l’épaule), le naturel, l’ouverture et le vrai : par exemple dans le travelling final, rue Campagne Première, on voit des passants intrigués, ralentir leur marche pour voir ce qui se passe. A plusieurs reprises, des regards caméra prennent le spectateur à partie. La musique de jazz de Martial Solal, écrite pour le film, accompagne un rythme de l’action effréné, littéralement à bout de souffle. On est déconcerté par le ton désinvolte, nihiliste, qui est sous-jacent en permanence. Michel, une vingtaine d’années, bronzé et séducteur, apparaît très vite comme un voyou prêt à tout (y compris à mourir !) pour vivre comme bon lui semble. Dès qu’il en a besoin il vole une voiture et de l’argent, tire sans hésiter sur un policier gênant et se comporte avec les femmes en macho grossier. Il semble pourtant réellement amoureux de Patricia. Ce personnage complexe et en fin de compte désespéré fut l’un des meilleurs rôles de Belmondo. Sa partenaire Jean Seberg joue avec son petit accent une jeune Américaine aspirant à l’indépendance, bien de son époque. Elle gagne sa vie en vendant le New York Herald Tribune sur les Champs Elysées, subit la brusquerie de Michel mais succombe à son charme …pour finalement le trahir. Politiquement incorrect hier aussi bien qu’aujourd’hui, le film fait fi des conventions au point que Godard lui-même joue un mouchard et Jean-Pierre Melville un romancier renommé et prétentieux. Où est la vérité ? Patricia nous met au défi de répondre : « Qu’est-ce que c’est : dégueulasse ? ».

 

Françoise Wilkowski-Dehove