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Cinéma

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Adieu au Langage

(Suisse/France – 2014 - 1h10)

Sélection Officielle Cannes 2014

Réalisation : Jean-Luc Godard - scénario : Jean-Luc Godard - Montage :-Jean-Luc Godard - Photo : Fabrice Aragno – Production/Distribution : Wild Bunch
Interprétation : Héloïse Godet (Josette), Kamel Abdelli (Gédéon), Zoé Bruneau (Ivitch), Richard Chevallier (Marcus), Christian Gregori (Davidson), Jessica Erickson (Mary Shelley)
Auteur :

L’œuvre de Godard s’étale sur plus de 50 ans. A bout de souffle date de 1959, puis JLG a réalisé une dizaine de films (dont Le mépris, Pierrot le Fou) avant de s’engouffrer dans la fracture de Mai 68 (films militants rejetant le film « commercial »). Un retour à un style plus conventionnel (une histoire, un récit) n’a eu de cesse d’interroger le cinéma et la société qui l’entoure. Cela a permis l’éclosion de films remarquables : Sauve qui peut la vie (1980), Je vous salue Marie (1985), Nouvelle vague (1990). Retiré dans son pays natal, Godard réalise des films-essais encore plus ésotériques qui suscitent la curiosité des critiques : Eloge de l’Amour (2001), Film Socialisme (2010). Adieu au Langage a obtenu le Prix du Jury en 2014, comblant ainsi une lacune criante, Godard n’ayant jamais eu une distinction à Cannes.

Résumé :

L’histoire semble simple : une femme mariée et un homme libre se rencontrent, ils s’aiment, se disputent, les coups pleuvent, Un chien erre entre ville et campagne. Les saisons passent…l’homme et la femme se retrouvent, le chien se trouve entre eux.

Analyse :



Peut-on ‘comprendre’ un Picasso ? Non, on le décrit, on explique sa technique de peinture abstraite, on cherche à dégager sa vision du monde. Ainsi pour Godard. Le présent film est entièrement tourné sur les bords du Lac Léman, en Suisse, du côté de Nyon, non loin de Rolle, où il vit. Par paliers successifs d’images en 3D, ponctuées de musiques soit stridentes soit mélodieuses (Beethoven), l’histoire, enfin cette histoire de couple que l’on devine par les dialogues où domine une série d’affirmations à l’emporte-pièce, se déroule devant nos yeux et nos oreilles. C’est un flux intense de sons, d’images d’archives, de voix in et off… Mais ce n’est pas l’essentiel. Depuis Les carabiniers (1963), et Ici et ailleurs (1977), Godard n’a pas changé, le Godard de la déconstruction du récit, le roi du jeu de mots (« Ah Dieu oh langage »), le maître des citations. Il scrute l’Histoire du siècle précédent, en essayant d’en conjurer l’horreur (les camps et la Shoah, la guerre atomique), et il souligne que ce Siècle a créé le Cinéma. Entre des séquences de films d’un autre temps (connues ou inconnues) et la fulgurance des images de nature (lac, fleurs, ciels), entre deux citations (Badiou, Jacques Ellul), ou devant un portrait de Soljenitsyne montré sur un écran de smartphone, s’élabore une description des contradictions et des modes de notre monde. Godard développe un langage de poète avec les mots de la philosophie, et il utilise l’outil le plus performant dont s’est doté le XX è siècle, le cinéma. Fusion de film-fiction et de film-essai, chaque opus est une découverte. Godard est incontournable, sa notoriété est universelle. Son œuvre se prête sans cesse à l’exégèse.

Alain Le Goanvic