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Cinéma

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All is lost    

(USA – 2013 - 1h45)

Réalisation : J.C. Chandor – Scénario : J.C. Chandor - Photo: Frank. G Demarco - Décors: John P. Goldsmith - Montage: Pete Beaudreau - Musique : Alex Ebert - Son : Steve Boedekker - Distribution : Universal Pictures International
Interprétation : Robert Redford (notre homme !)
Auteur :

J.C. Chandor est américain, il est né en 1973. Après 15 ans de spots publicitaires, il réalise son premier long-métrage, Margin Call, en 2011. Huis-clos se déroulant dans les coulisses de Wall Street, avec une distribution de grands acteurs (Jeremy Irons, Kevin Spacey, Demi Moore). Il reçoit un très bon accueil de la profession et du public (nominé aux Oscars pour le scénario). All is lost est son deuxième long-métrage, présenté à Cannes « Hors Compétition ».

Résumé :

Au cours d’un voyage en solitaire à travers l’Océan Indien, un homme est réveillé brutalement par un choc violent, la coque de son voilier de 12 mètres a été percée lors d’une collision avec un container flottant à la dérive. Privé de radio et des instruments de navigation, l’homme va tenter de continuer et d’affronter la nature implacable. Une lutte pour la survie.

Analyse :



D’un monde ultrasophistiqué tomber dans la solitude et le dénuement, ressentir l’immense abandon, découvrir sa vulnérabilité et sa faiblesse, et cela en dépit de toute l’intelligence acquise devenue inapplicable, face à la Nature qui se découvre dans sa puissance et sa violence aveugle et innocente ! Le film nous montre l’homme « sans nom » réparer la voie d’eau (causée par un stupide container éventré à la dérive, symbole de la modernité insolente, irresponsable), puis traverser deux tempêtes terribles et apocalyptiques (où il n’est plus qu’un roseau qui ne sait plus quoi penser). Puis il va subir deux naufrages. Silence du protagoniste (à l’exception d’un « fuck » !), pas de flash back sur la vie passée de cet homme solitaire. Musique discrète, seuls les sons de l’eau et du ciel (vagues, pluies, orages). Robert Redford magnifique de sobriété, de calme et de détermination, incarne la grandeur de l’homme face à son destin. On se souvient de Seul au monde (Zemeckis), où un Robinson Crusoë moderne échoue sur une île, n’ayant pour bagages que quelques objets du monde moderne (dont un ballon de volley). Plus près de nous, Gravity (Cuaron) nous a offert de quoi méditer sur le vrai sens de la vie. « Ô combien de marins, combien de capitaines… ». Ce vers nous revient en mémoire, et nous fait évoquer les mânes de Tabarly, Alain Colas, Loïc Caradec, Francis Chichester. Mais le plus important dans ce film étonnant, c’est le lâcher-prise du marin, quand le radeau de survie a pris feu (à cause de son imprudence), et qu’il se laisse couler. Mais encore plus surprenant est la vision en contre-plongée (!) du radeau, tel un cercle de lumière incandescente, alors que le rayon d’un puissant projecteur se dirige vers le corps flottant, comme aux portes de l’au-delà. Sauvé ? Perdu ? L’aventure tragique devient métaphysique. Le texte du générique, lu par une voix masculine, était sans doute celui que l’homme met à la mer pour laisser une trace …Tout est perdu ? C’est là la vraie question qui se pose dans certaines circonstances.

Alain Le Goanvic