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Cinéma

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Allende mon grand-père

(Chili - 2014 – 97 mn)

Réalisation : Tambutti Allende Marcia - Scénario: Paola Castillo, Bruni Burres, Valeria Vargas, Marcia Tambutti A. - Image: David Bravo, Eduardo Cruz Coke, Daniel Davila - Musique : Leonardo Heilblum, Jacobo Liberman - Son : Roberto Espinoza, Christian Larrea, Juan Pablo Manriquez - Documentaire - Œil d'Or du meilleur documentaire à la Quinzaine de Réalisateurs de Cannes 2015
Interprétation :
Auteur :

Marcia Tambutti–Allende a 43 ans. Elle est la petite fille de Salvador Allende, premier Président socialiste du Chili, élu démocratiquement le 4 Novembre1970. A la suite du coup d’état du Général Pinochet le 11 septembre 1973 et du suicide de son grand-père, elle vécut avec une partie de sa famille en exil à Mexico ou elle étudia la biologie à l’université. De retour au Chili en 2007, elle collabore à la fondation Salvador Allende et à l’Institut de l’Ecologie et de la Biologie. C’est son premier (et peut être son dernier) film.

Résumé :

Marcia souhaite rompre le silence entretenu autour du passé tragique de sa famille. 35 ans après le coup d'État qui a renversé son grand-père, Salvador Allende, premier président socialiste élu démocratiquement, elle estime qu'il est temps de retrouver les souvenirs familiaux, les images de leur vie quotidienne qui leur a été arrachée. Un passé intime qui lui est inconnu, enterré sous la transcendance politique d’Allende, l’exil et la douleur familiale. Après plusieurs décennies de non-dit, Marcia essaie de dresser un portrait honnête, sans grandiloquence, prenant en compte la complexité de pertes irréparables et le rôle de mémoire sur trois générations d'une famille blessée.

Analyse :



C’est une tragédie dans laquelle la vie privée d’une famille et l’Histoire d’un Pays sont intimement mêlées. Marcia a passé 8 ans à faire ce film. Elle a eu beaucoup de difficultés à trouver des documents familiaux car tout ou presque avait été détruit lors du bombardement du Palais de la Moneda siège de la Présidence : films, photos, courriers, documents...

Dans la famille on ne parlait jamais du passé, on n'évoquait pas les thèmes douloureux : Salvador (« Chicho » pour les proches) icône dans toute l’Amérique Hispanique, renversé par le Coup d’Etat du général Pinochet le 11 Septembre 1973 qui provoqua son suicide. Sa fille ainée Béatriz (« Tati ») qui avait été sa secrétaire particulière, rejoignit Cuba après le coup d'état et se suicida à son tour en 1977. Hortensia (« Tencha ») sa veuve, qui décéda en 2009 à plus de 94 ans, ses 2 autres filles, Isabel Bussi et Carmen Paz, traumatisées ne se livreront qu’avec parcimonie.

Marcia voulait recréer la trajectoire familiale et l’intimité de ce grand-père qu’elle n’a pratiquement pas connu. Elle voulait briser la chape de plomb qui pèse sur sa famille, partagée quelle était entre la révolte devant le silence de ses proches et la peur de les blesser. Elle a essayé de se mettre à leur place avec toujours la volonté de faire un film «honnête ».

Le résultat, c’est le portrait d’un animal politique, mais aussi d’un séducteur, d’un homme du peuple au destin à la fois héroïque et tragique, et d’une famille qui grâce à elle a pu enfin se réunir, parler de ce passé si douloureux, raconter des anecdotes enfouies dans la profondeur des mémoires : une thérapie de groupe qui en fin de compte leur a fait du bien.

Le film projeté en Septembre au Chili a été très bien accueilli par toute la population, même par la presse « de droite ». Salvador Allende reste à jamais une icône dans toute l’Amérique hispanique et bien au-delà. Et la jeune génération a besoin de parler ce cette période.

Claude Bonnet