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Cinéma

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Amama (Quand un arbre tombe)

(Pays basque, Espagne - 2016 - 1h43)

Réalisation : Asier Altuna - Scénario : Asier Altuma – Scénario : Asier Altuma et Telmo Esnal - Distribution France : Cinéma l’Atalante
Interprétation : Amparo Adiola (Amama) – Iraia Elias (Amaia) – Klara Badiola (Isabel) – Kandido Uranga (Pomas) – Ander Lipus (Xabi) – Manu Iranga (Gaizka) – Nagore Aranburu (Sara)
Auteur :

Asier Altuma est né en 1949 au Pays basque espagnol. Après de nombreux courts-métrages, puis Bertsolari, un premier long-métrage documentaire remarqué, il passe à la fiction avec le drame Amama centré sur des thèmes traditionnels de la culture basque traités à travers le prisme du conflit générationnel.

Résumé :

Dans une famille du Pays basque rural, Amaia est la benjamine de trois frères et sœurs. Un conflit de génération éclate quand Gaizka, l’aîné, censé reprendre la ferme, décide de partir à l’étranger. Sous les yeux de sa grand-mère impassible, Amaia se heurte à l’inflexibilité de son père qui ne vit que par les traditions et le rythme immuable des travaux des champs. Impossibles à concilier, leurs visions de la vie trop éloignées les séparent.

Analyse :



Très beau film qui émeut sans tomber dans le pathos. Dans cette ferme du pays basque où la transmission de la terre se fait, dans la famille, de génération en génération, la terre ne doit pas être divisée. Se joue alors le drame de la fuite des enfants vers la modernité et le refus qu’ils opposent à un destin tout tracé par la famille. Celui qui avait été désigné pour hériter s’en va. Son frère aîné, à qui avait été refusée la perspective de l’héritage car jugé trop mou par son père, est déjà parti. Sa sœur reste, écartelée entre la fidélité à ses parents et sa passion pour la photo et l’art visuel. Elle tente de convaincre ses parents, son père en particulier, de renoncer à un travail rude et dépassé. Le conflit entre eux se concrétise à travers des petites choses aux yeux d’Amaia (le ramassage des pommes, le dressage du chien…) mais fondamentales pour son père. Celui-ci finira par la chasser, visiblement incapable de l’écouter, après avoir commis l’acte symbolique de cette expulsion : il abat l’arbre qui avait été planté à sa naissance, comme il l’avait fait pour chacun de ses enfants. Ces arbres étaient le signe du destin qui leur avait été assigné : chacun des troncs de ces arbres avait été peint d’une couleur différente : rouge pour la passion et le courage ; noir pour la rébellion ; blanc pour la paresse et la légèreté.

Dans la ferme, il y a l’aïeule, personnage très important bien que totalement silencieux. C’est elle qui donne son titre au film (Amama : grand-mère). Elle regarde, en silence, se désintégrer sous ses yeux la famille et son ancrage rural. Elle en est la référence permanente tout en étant réduite à l’impuissance.

Ce conflit intergénérationnel est certes classique. Mais il est ici servi par de splendides images de la nature et de la forêt dans lesquelles se fondent les hommes. Ainsi la grand-mère part mourir dans la forêt (on pense au film « la ballade de Narayama » de Shohei Imamura). Les arbres en particulier sont des métaphores de l’humain : l’arbre de la fille abattu par le père – la peinture des arbres par la grand-mère comme indiquant le destin de chacun – l’arbre abattu peint de multiples couleurs par la fille. Des symboles forts surgissent lorsque, par exemple, la main du père et celle du fils côte à côte font dire au père : « nos mains ne se ressemblent pas ». Une musique envoutante accompagne tous ces événements, mêlant violoncelle et percussions.

Le métier d’Amaia, photographe et vidéaste d’art, assurera-t-il le lien entre les générations en montrant en images le passé en voie de disparition ?   

Maguy Chailley