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Cinéma

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Amnesia

(France et Suisse 2015, 1h36)

Réalisation : Schroeder Barbet - Scénario : Barbet Schroeder, co-scénariste Emilie Bickerton, Peter F. Steinbach et Susan Hoffman - Image : Luciano Tovoli - Montage : Nelly Quettier - Musique de Lucien Nicolet - Distribution France : Les Films du Losange
Interprétation : Marthe Keller (Martha), Max Riemelt (Jo Geller/DJ Gello), Corinna Kirchhoff (sa mère), Bruno Ganz (le grand-père)
Auteur :

Barbet Schroeder, Suisse d'origine (1941), a fait ses études et vit en France. Il débuta aux Cahiers du cinéma, puis fut assistant de J-L Godard. Il fonda à 22 ans la société de production Les films du Losange qui produisit d'abord Paris vu par... (sketches de Godard, Rohmer, Chabrol etc.) puis la plupart de ceux de Rohmer, et de nombreux autres grands (Rivette, Wajda, Deville, Haneke dont Caché, Le ruban blanc, Amour). A partir de 1969 (More, qui rendit célèbre Mimsy Farmer), il réalisa lui-même une vingtaine de films, dont La Vallée (1972, B.O. par Pink Floyd), ou les documentaires Idi Amin Dada (1974) et L'avocat de la terreur (2007, sur Vergès et Carlos).

Résumé :

Martha, une dame âgée, vit depuis longtemps à Ibiza, dans une jolie maison sans électricité, en pleine nature. Jo, jeune Allemand musicien qui cherche à percer comme D.J., apparaît dans la maison voisine et découvre que Martha boycotte tout ce qui évoque l'Allemagne – sauf la musique. L'amitié se noue.

Analyse :



Une femme encore très belle malgré les années, seule dans sa maison du maquis d’Ibiza ; un jeune inconnu plein de charme qui frappe à sa porte à nuit tombée, pour faire soigner une main brûlée.... L’histoire semble cousue de grosse ficelle dorée dans son superbe emballage touristique : avant que ne commence l'analepse (le flash-back) où se love le récit, une lumière fin de jour éclaire merveilleusement la vieille dame en châle bordeaux, les falaises ocres tombant dans le clapot bleu marine, et la sombre végétation qui referme le décor.

Nous savons avant Jo qu'elle est Allemande comme lui, mais ils se parlent en anglais, elle refuse de rouler dans sa ’Coccinelle hitlérienne’ ou de boire son vin du Rhin, et le vrai sujet émerge : c’est la mémoire que les Allemands ont, ou n’ont pas, des terribles événements et responsabilités de la deuxième guerre mondiale. La jeune Martha, alors à l'étranger, se trouva simple témoin de l'histoire de son pays, mais horrifiée, elle a coupé tous les ponts. Sa rencontre avec la mère et le grand-père de Jo donneront à ce dernier l'occasion d'être plongé dans des faits et des réflexions qui lui avaient semblé ne plus pouvoir concerner sa génération.

Autour de ce sujet lancinant, trois distractions nous sont proposées tout au long du film : déjà citée, mais sans cesse mise en valeur, la beauté de l'île ; puis l'incertitude sur le sens et le devenir de la relation entre le jeune homme et la vieille dame, qui semble plus d'une fois tout près de basculer ; et enfin, indissociable de cette relation, la musique, électronique chez Jo, classique (violoncelle) chez Marthe, deux mondes qui vont apprendre à se rapprocher. La musique tient une place considérable : simple distraction, ou opium des consciences, après le rôle que lui fut assigna la machine nazie ? La boîte de nuit où 'D.J. Gello' fait ses débuts s'appelle... Amnesia !

Jacques Vercueil