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Cinéma

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Apprentice

(Singapour – 2016 - 96 minutes)

Réalisation : Junfeng Boo - Scénario : Boo Jungfeng - Images : Benoit Soler - Musique : Alexander Zekke - Montage : Lee Chatametikool - Nathalie Soh - Production : Peanutpictures - Ventes à l’étranger : Luxbox
Interprétation : Fir Rahman (Aiman), Su Wan Hanafi (Rahim), Mastura Ahmad (Suhaila)
Auteur :

Boo Jungfeng est né à Singapour en 1983. Il y a fait ses études au Lassalle College of Arts. Son premier film, Sandcastle, a été invité à la semaine de la critique à Cannes en 2010. Apprentice a été sélectionné à Un certain regard en 2016.

Résumé :

Aiman officie dans une prison de haute sécurité. Rahim, le bourreau en chef, y accompagne les derniers jours des condamnés. Rapidement, il prend le jeune gardien sous son aile et lui apprend le métier.

Analyse :



Ce n’est pas un film pour ou contre la peine de mort, supplice par pendaison fréquent à Singapour. Heureusement, le film dépasse rapidement ce cliché car il serait stérile et inintéressant même si la mort est toujours présente dans le subconscient des deux personnages qui exercent ou vont exercer un métier indispensable bien que marqué par l’opprobre générale, celui de bourreau. Ce qui est remarquable ici c’est que nous sommes, dès les premières images, saisis par la complexité des caractères et par les mystères que l’on pressent dans leurs vies. On ne devient pas innocemment bourreau. Rahim, le bourreau officiel, fait extraordinairement bien son travail : choix de la corde, complexité du nœud coulant, pose de la cagoule, fonctionnement de la trappe, calcul de la longueur optimale pour que les cervicales se brisent instantanément et que le condamné souffre le moins longtemps possible. On ne sait pas ce qui le motive, on sait juste de lui que sa femme l’a quitté et qu’il aime conduire sa voiture à toute vitesse. La vie et le passé d’Aiman sont encore plus complexes et on les découvre au cours du film, à chaque fois par un petit coup de théâtre. Les autres personnages sont traités aussi avec beaucoup de rigueur. La sœur de Aiman qui cherche à épouser un Australien pour se sortir de sa condition humiliante, les autres gardiens de prison qui regardent avec effroi les bourreaux et les condamnés, bien sûr, pauvres victimes de la justice expéditive singapourienne. Pas de cris ni de fureur mais une angoisse toujours au maximum aidée par la discipline du personnel pénitencier. La réalisation est très bien adaptée : plans courts, plongées et contre-plongées, gros plans sur des visages impassibles, pas de fantaisies qui pourraient nous déconcentrer, tout est au cordeau. A aucun moment la tension ne faiblit et nous restons toujours au maximum de notre attention ; pas de repos, au point que certains pourront trouver que le réalisateur en fait un peu trop. 

Jean Wilkowski