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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Aquarius

(Brésil, 2016, 2H25)

Réalisation : Kleber Mendonça Filho - Scénario: Kleber Mendonça Filho - Directeur de la photographie : Pedro Sotero et Fabricio Tardeu – Montage : Eduardo Serrano – Distribution France : SBS Distribution
Interprétation : Sonia BRAGA (Clara), Maeve Jinkings (Ana Paula, fille de Clara), Irandhir Santos (Roberval), Humberto Carrao (Diego, fils de Roberval), Zoralde Coleto (Ladjane, la femme de ménage)
Auteur :

Kleber Mendonça Filho est né en 1968 à Recife (Brésil). Il a d’abord été journaliste et critique de cinéma. A partir des années 90 il réalise des documentaires vidéo et des courts-métrages qui ont reçu de nombreux prix. Commençant par le cinéma de genre avant de se tourner vers le cinéma social, il réalise en 2012 son premier long-métrage, Les bruits de Recife, très chaleureusement accueilli par la critique internationale. Aquarius est son second long-métrage, présenté au Festival de Cannes 2016 en sélection officielle.

Résumé :

Clara a la soixantaine. Elle est journaliste, ancienne critique musicale. Elle habite Aquarius, un mythique et vieil immeuble des années 40 qui se trouve sur une avenue très huppée de Recife, en bord de mer. Situation privilégiée qui attise les convoitises d’un important groupe immobilier qui veut en racheter tous les appartements, et qui, pour cela, ne recule devant aucun moyen. Mais Clara refuse de vendre le sien. Clara résiste.

 

Analyse :



Aquarius, qui se passe à Recife comme le précédent film de Kleber Mendonça Filho, est avant tout un film de résistance. Une résistance incarnée dans un magnifique personnage de femme, Clara, interprétée par une actrice tout aussi magnifique, Sonia Braga, que l’on aurait bien vue remporter le prix d’interprétation féminine à Cannes. Une résistance qui offre de multiples aspects. Car si Clara s’oppose — et avec quelle détermination ! — aux puissances de l’argent qui veulent la contraindre à quitter Aquarius, elle résiste aussi au temps, à la vieillesse, au monde qui change, voire même à ses enfants qui ne comprennent pas toujours très bien l’obstination de leur mère.

Cela dit, il y a encore un autre aspect, plus directement politique, à ce personnage de Clara, et à ce film magnifique dont la seule faiblesse est peut-être d’être un peu long (2H25) et d’une construction un peu confuse : Clara apparaît comme l’incarnation des conflits qui déchirent aujourd’hui le Brésil. Aquarius en effet est sorti en mai, en pleine crise politique, alors que Michel Temer (centre droit) devient le nouveau président du Brésil. Ce n’est ainsi pas pour rien, si lors de sa sortie en salles au Brésil, Aquarius a connu un énorme succès populaire (200.000 spectateurs en une semaine) et a fait figure d’étendard pour une partie du peuple de gauche se dressant vent debout contre la destitution de Dilma Rousseff. Et, dans la légende cannoise, s’inscrira le souvenir de la montée des marches de l’équipe du film brandissant des pancartes « Le Brésil n’est plus une démocratie ».  

Françoise Lods