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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Attila Marcel

(France – 2013 – 1h46)

Réalisation : Sylvain Chomet – Directeur de la photographie : Carlos Conti – Décors : Stéphane Cressend – Montage : Simon Jacquet – Distribution : Pathé
Interprétation : Guillaume Gouix (Paul/Attila Marcel), Anne Le Ny (Mme Proust), Bernadette Lafont (tante Annie), Hélène Vincent (tante Anna), Fanny Touron (Anita), Luis Rego (l'accordeur Coelho)
Auteur :

Sylvain Chomet, né en 1963, étudia les arts plastiques et produisit à partir de 1986 des bandes dessinées (meilleur album 1998, Léon la came). Au cinéma, il commença par des films d'animation, et obtint un grand succès avec Les triplettes de Belleville (2003). Passé derrière la caméra, Attila Marcel est son premier long métrage.

Résumé :

Paul, pianiste muet élevé par ses tantes depuis la mort de ses parents quand il avait deux ans, rencontre une bouddhiste parisienne qui lui fait retrouver la mémoire et la vie grâce aux madeleines de Proust.

Analyse :



Pour son premier long métrage en images réelles, Sylvain Chomet nous épate. Il ne renonce pas au comique tendre des Triplettes de Belleville, ni au regard nostalgique de L’illusionniste et le personnage de Paul ressemble beaucoup au cycliste des Triplettes. Agé de vingt-neuf ans, vivant encore avec ses tantes, deux fortes personnalités, il est mutique et engoncé dans une veste trop petite et un pantalon trop court comme Jacques Tati. Malgré l’entourage bienveillant des vieux amis, aux cadeaux grotesques, il est inadapté et se réfugie dans sa bulle de pianiste, éternel second au concours des espoirs les plus prometteurs. Ses cauchemars fréquents, vague souvenir de la mort accidentelle de ses parents, le jettent dans une sombre mélancolie, et stimulent son complexe d’Œdipe : son père est un monstre effrayant et sa mère une fée. Ni son personnage ni son parcours de récupération ne cherchent à être crédibles, mais cela sert de canevas pour mettre en scène des caractères et situations pittoresques. Les tantes, magistralement interprétées par Bernadette Lafont et Hélène Vincent, sont tout aussi caricaturales : elles enseignent avec autorité, entre autres danses, le menuet, accompagnées au piano par leur neveu qui, à chaque phrase musicale, mange une chouquette. Sortes de Dupont et Dupond, elles portent toujours des tenues identiques mais élégantes et sans cesse renouvelées. Comme il ne dit rien, Paul note scrupuleusement sur une ardoise sa destination chaque fois qu’il sort de l’appartement. Madame Proust (qui habite, dans le même immeuble, un ancien cabinet de palier élargi à un appartement improbable) est bouddhiste et écolo, cultivant des légumes et différentes herbes dans son salon transformé en jardin d’hiver. Elle fournit ainsi les tisanes et madeleines nécessaires à son commerce secret. A la recherche des souvenirs perdus les clients sont nombreux, Paul devient un habitué.

Les décors des appartements des tantes et de Madame Proust sont aussi contrastés que possible, convenant parfaitement à la vie patricienne des unes (portraits de famille, piano surchargé de dorures) comme à la bohème de l’autre (fouillis d’objets colorés, forêt vierge de plantes).

Mais Sylvain Chomet « fait des films pour pouvoir faire la musique ». Il attribue un thème musical, toujours à trois temps, à chaque personnage. Il avait déjà composé la musique de L’Illusionniste, dans ce film il ne laisse qu’au pianiste-compositeur Franck Monbayet le soin d’écrire les partitions de Paul. Le storyboard à peine esquissé, il a commencé à travailler la musique propre à chacune des scènes importantes en tenant compte des mouvements de caméra. L’ukulélé est son instrument favori dont la vivacité s’oppose, dans le scénario, au classicisme du piano.

Dernière apparition de Bernadette Lafont à laquelle il est dédié, ce film optimiste, où la plupart des personnages sont bien intentionnés, n'est pas béat pour autant, plusieurs d'entre eux causant des dégâts ou finissant mal. On appréciera les nombreuses trouvailles dans les détails qui accompagnent l'histoire.

Jacques Vercueil