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Cinéma

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Baccalauréat (Bacalaureat)

(Roumanie/France/Belgique, 2016, 2h08)

Réalisation : Cristian Mungiu – Scénario : Cristian Mungiu - Photographie : Tudor Vladimir Panduru – Son : Constantin Fleancu – Production : Cristian Mungiu et frères Dardenne - Distribution : Le Pacte
Interprétation : Maria Dragus (Eliza) – Adrien Titieni (Roméo) – Lia Bugnar (Magda) – Rares Andrici (Marius) – Malina Manovici (Sandra) –Vlad Ivanoc (l’inspecteur chef)
Auteur :

Né en 1968 en Roumanie, Cristian Mungiu s’est formé à la réalisation cinématographique à Bucarest. Pendant ses études il travaille comme assistant réalisateur sur des films étrangers tournés en Roumanie (B. Tavernier, et R. Mihaileanu). Après Occident (2002), il obtient la Palme d’Or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours. Son troisième long-métrage, Au-delà des collines, sera récompensé à Cannes en 2012 par le prix du scénario et un double prix d’interprétation féminine pour les deux principales actrices.  En 2016 Baccalauréat obtient à Cannes le prix de la mise en scène. 

Résumé :

Romeo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et le précieux Sésame semble brutalement hors de portée. Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question car il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille. 

Analyse :



Mungiu est l’héritier de cette génération de cinéastes roumains porteurs de l’ »inquiétude morale», sous Ceaucescu. La Roumanie actuelle n’a pas fini de s’interroger sur les valeurs qui dirigent la vie de ses citoyens, même libérés de la dictature communiste. Si le film Quatre mois, trois semaines et deux jours» se passait à l’ère communiste, Baccalauréat est bien de notre époque. Toute l’habileté du scénario est de montrer le glissement progressif de Romeo vers ce que lui et sa femme avaient toujours décidé de combattre. Et pour un motif recevable: permettre à sa fille de bénéficier de ce à quoi son excellent travail de l’année peut la faire prétendre. Va se révéler alors combien ce désir de voir sa fille quitter la Roumanie est une sorte de fuite car il ne croit plus en un avenir possible dans ce pays. Mais est-ce vraiment le désir d’Elysa ? Elle n’éprouve pas, autant que ses parents, le désir de quitter son pays et ses amis. Elle découvre peu à peu l’effondrement des principes qu’on lui a inculqués.  C’est par toute sorte de « petits signes » que l’on comprend que tout se détraque. Ainsi cette pierre jetée dès le début sur la vitre de l’appartement de Romeo fonctionne comme le grain de sable qui commence à gripper la machine (pierre dont on ne devinera la provenance qu’à la fin du film)…. Ainsi ce jeune garçon, Mattei, qui cache son visage sous un masque de cochon. Lorsqu’Elyza commence à découvrir ce que son père lui cache et lui a caché jusque là, elle se sent désemparée.  Les dialogues entre le père et la fille sont filmés en longs plans séquence, sans utiliser le champ contrechamp, donnant à ces échanges une charge émotionnelle importante, comme un affrontement. Tous ceux qui vont être complices de Roméro semblent le faire en « toute innocence ». C’est un mode de fonctionnement « normal » qui permet de survivre. Seule, Magda, la mère d’Elyza, sortira indemne de ces compromissions. Ce film pessimiste mais réaliste est un bon avertissement pour nos sociétés.  

Maguy Chailley