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Cinéma

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Baikonur

(Allemagne /Russie /Kazakhstan 2013, 1h35)

Réalisation : Veit Helmer – Scénario : Veit Helmer & Sergej Ashkenazy - Image : Nikolai Kanow – Musique : Goran Bregovic – Montage : Vincent Assman - Distribution France : Aramis Films.
Interprétation : Marie de Villepin (Julie Mahé), Alexander Asochakov (Iskander 'Gagarin' Orinbekov), Sitora Farmonova (Nazira), Erbulat Toguzakov (Rustam le grand-père), Waléra Kanischtscheff (Directeur du centre spatial de Baïkonour)
Auteur :

Né à Hanovre en 1968, Veit Helmer a tourné son premier film à 14 ans. Il étudia à l'école de Télévision et Cinéma de Munich (avec Wim Wenders parmi ses profs). Son premier long métrage Tuvalu (1999), où le bel imaginaire combat la laide réalité à propos d'une piscine délabrée, fut invité à 62 festivals dont San Sebastian, Berlin, Karlovy Vary, et récolta une trentaine de récompenses. Sautons Tor zum Himmel (2003) pour Absurdistan (2008), un nouveau Lysistrata : grève du beau sexe, encore une fois acclamé (50 festivals, 14 récompenses). Son style privilégie l'image sur la parole.

Résumé :

Rencontre entre une milliardaire cosmonaute et un berger radio-amateur qui guide sa tribu d'Asie centrale à la récupération des ferrailles tombées du ciel : cela se passe à proximité du site de Baïkonour d'où partirent en leur temps les Spoutniks et Youri Gagarine... Dans l'une de ces ferrailles, la jolie Julie : or, chez ces bergers kazakhs, « ce qui est tombé du ciel appartient à qui le trouve ».

Analyse :



La dimension 'sérieuse' de ce film, c'est la confrontation entre modernité et archaïsme : modernité des vols spatiaux, dans la variante délirante du voyage touristique de la riche occidentale ; archaïsme de cette steppe où les modes de vie anciens ont pris désormais couleur de bidonville et odeur de pauvreté ; et coexistence de ces deux modalités dans l'usage de la radio par les nomades kazakh, dans la vétusté du centre de commande des lancements spatiaux resté ce qu'il était du temps de la guerre froide, dans le changement de tenue de Julie quittant sa combinaison d'astronaute pour une robe brodée d'artisanat local... Une confrontation qui exprime le parallélisme bien plus que la convergence, et la différence bien plus que le progrès.

Ce film cependant ne demande pas à être pris au sérieux. On appréciera certes sa valeur documentaire, l'occasion unique qu'il nous offre de pénétrer dans le cosmodrome historique de Baïkonour (enclave russe au Kazakhstan) et d'en contempler les installations surhumaines, ou de revoir les paysages kazakhs normalement interdits aux cinéastes occidentaux (Borat avait tourné le pays en ridicule ; c'est en offrant à la petite fille du président Nazarbaiev le rôle de la fillette choisissant deux agneaux dans un troupeau que V. Helmer obtint son permis de tourner ...). Mais c'est la greffe de gags comiques, nourris d'une lecture acerbe de la réalité, sur la trame d'une romance mélancolique d'amour impossible, qui constitue le tissu doux-amer de Baïkonur. Ainsi, la course au trésor opposant tracteur et chameaux au 4x4 Hummer des nouveaux riches arrogants ; les surenchères opposant deux vieux cousins pour acheter la belle fiancée du jeune découvreur ; l'essaim de messieurs agglutinés aux fentes de la yourte où prend son bain la blonde étrangère ; ou le sort centrifuge du pauvre Gagarine enfin parvenu à pénétrer le cosmodrome où il espère approcher sa dulcinée... Le rendu des émotions est parfois un peu fort en sentimentalité, mais le respect du réalisateur envers ses personnages sincères – tous ne le sont pas – même lorsqu'il nous en fait rire, assure à cette comédie une tenue dont on gardera un souvenir plaisant.

Jacques Vercueil