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Cinéma

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Beaucoup de bruit pour rien

(Etats-Unis – 2013 – 1h48)

Réalisation : Joss Whedon - scénario : Joss Whedon, d’après la comédie de William Shakespeare *i*Much Ado About Nothing*ii* – Directeur de la photographie : Jay Hunter – Son : Victor Ennis – Montage : Daniel S. Kaminsky – Musique : Joss et Jed Whedon, Deborah Lurie – Production : Bellwether Pictures – Distribution France : Jour2fête
Interprétation : Amy Acker (Béatrice) – Alexis Denisof (Bénédict) – Clark Gregg (Léonato) – Reed Diamond (Don Pedro) – Fran Kranz (Claudio) – Jillian Morgese (Héro) – Nathan Fillion (Dogberry) – Sean Maher (Don Juan)
Auteur :

: Joss Whedon est né en 1964 à New York dans une famille de scénaristes : son père et son grand-père écrivaient pour la télévision. Lui-même est surtout connu comme scénariste (Alien, la résurrection ou Toy Story) et comme réalisateur de séries télévisées (Buffy le tueur de vampires, Angel , Firefly, Dollhouse ou Agents of S.H.I.E.L.D). Il a réalisé deux films, Serenity en 2005 et The Avengers en 2012. Tout cela, comme on le voit, est assez loin du théâtre de Shakespeare.

Résumé :

De retour de la guerre, Don Pedro et ses fidèles compagnons d’armes, Bénédict et Claudio, rendent visite au seigneur Léonato, gouverneur de Messine, père de Héro et oncle de Béatrice. La guerre des mots fait rage entre Bénédict et Béatrice que leur entourage essaie de réconcilier tandis que les amours de Claudio et Héro se trouvent perturbés par les vilénies du méchant Don Juan. Mais « tout est bien qui finit bien ».

Analyse :



Si nous étions des critiques musicaux, nous pourrions dire que cette nouvelle version de Beaucoup de bruit pour rien ne détrône pas l’interprétation de référence que nous a donnée Kenneth Branagh en 1993, mais qu’elle est intéressante. Joss Whedon prend en effet le contre-pied de Kenneth Branagh qui avait signé une œuvre sophistiquée, en costumes d’époque, filmée dans les paysages et jardins italiens. Ici, rien de tout cela, le film ayant été tourné en douze jours dans la maison californienne de Joss Whedon avec quelques acteurs de ses amis, qui ont l’habitude de se réunir pour jouer Shakespeare. Tourné en noir et blanc, il ressemble à un film d’amateur, si ce n’est que le réalisateur et les acteurs sont très professionnels.

Pour quel résultat ? Au début, on reste un peu perplexe, gêné par le contraste entre cette langue si poétique et la vision de ces hommes en costumes cravates qui pourraient être aussi bien des banquiers que des hommes de la mafia. Beaucoup de bruit pour rien est une des comédies les plus brillantes de Shakespeare, un madrigal amoureux aux dialogues étourdissants, il n’est donc pas très facile de la moderniser. Et puis, au bout de quelques minutes, grâce à quelques trouvailles de mise en scène et au jeu remarquable des acteurs, le charme opère (en tout cas, il a opéré pour moi, ce ne sera pas forcément vrai pour tous les spectateurs). L’intelligence de Joss Whedon est de souligner le caractère très artificiel de l’intrigue et l’irréalisme des situations, pour se concentrer sur la beauté de la langue. Qu’importe ces princes et chevaliers en jean, ces demoiselles dans les cuisines, l’essentiel n’est pas là, encore qu’il utilise très intelligemment l’espace de sa maison et les vues sur les collines californiennes qui peuvent créer l’illusion des paysages italiens. L’important est ce badinage poétique sur l’amour, ces yeux qui se regardent, ces visages qui se sourient en disant (fort bien) les vers de Shakespeare. On est pris, on sourit et l’on se prend même à songer que les réflexions sur l’honneur des pères et des filles sont malheureusement encore d’actualité dans de nombreux pays !

Un film à petit budget qui mérite le détour.

Jacques Champeaux